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Un cœur Moulinex mis en scène par Claude Viala

Un cœur Moulinex mis en scène par Claude VialaUn cœur Moulinex – Moulinex, ça vous dit quelque chose ? Oui, bien sûr qui n’a pas retrouvé dans le placard de sa grand’mère ce moulin parfois rouillé qui permettait de broyer les légumes pour faire des soupes ou râper des carottes, le tout à la main…Ça c’était avant le hachoir, le mixer électriques bien entendu ! « Chevaliers servants de la ménagère », perdus aujourd’hui dans les greniers ou les brocantes, ils ont eu leur heure de gloire et content encore la saga industrielle de la marque Moulinex. Elle naît en 1932, de façon modeste, en région parisienne dans la tête d’un obscur bricoleur de Bagnolet qui imagine l’ustensile qui fera sa fortune : le moulin-légume à manivelle.

Robot Marie, Jeannette ou Charlotte, aspirateurs, moulin à café ou grille-pain vont suivre car Jean Mantelet invente sans discontinuer jusqu’à faire de lui un capitaine d’industrie à l’échelon mondial. Soixante-neuf ans plus tard, passé de la manufacture paternaliste à la cotation en bourse, le groupe dépose le bilan au début du XXI° siècle. Rideau.

Moulinex, un lieu de mémoire

S’emparant de cette matière historique et économique, Simon Grangeat écrit, avec Un cœur Moulinex, avant tout une histoire au plus proche de l’humain, la resserrant autour de la figure de Jean Mantelet, petit patron charismatique, inventeur compulsif et bouillonnant. Le projet d’écriture devient celui d’un collectif enthousiaste d’acteurs qui, sous la direction dynamique de la metteure en scène Claude Viala, donne forme à cette pièce chorale où hommes et femmes interprètent, tour à tour, tous les rôles de cette histoire.

Une marque au fil du temps

L’adresse au public est directe. L’évocation des années 50-60, qui marquent le changement du quotidien de la ménagère et installent en France la société de consommation importée des États Unis, font des spectateurs les témoins d’une mémoire collective de l’Histoire vue côté cuisine. Du contremaître aux ouvrières travaillant sous la férule d’un patron paternaliste et présent, passant de l’usine bruyante à l’intimité de la maison ou du bureau, sont évoqués les changements qui se mettent en place dans l’organisation du travail, du travail à la main à l’apparition de chaînes favorisant au fil du temps les cadences et les rendements au détriment du bien être ouvrier.

Moulin-légume, moulin express… Moulinex

La mise en scène use de formules simples et efficaces qui, sans didactisme, avec humour et dans le mouvement, déroulent le fil de la petite et de la grande histoire : l’utilisation du carton explicatif cher au cinéma muet pour passer d’une période à l’autre, les changements de costumes à vue, le fauteuil juché sur un plot un peu plus haut pour signaler la hiérarchie ou l’ascension sociale. Les ouvrières rieuses, volubiles se taisent peu à peu et deviennent des sortes de marionnettes interchangeables alors que les actionnaires, dans les années 80, occupent tout l’espace et que Moulinex devient une industrie cotée en bourse, ouverte à l’international. Entrecoupé de publicités et d’intermèdes musicaux qui vont des variétés des années 30, passant par le rock de années 60 et le disco des années 80, le temps s’égrène vers notre époque.

Refusant les changements, encore actif à plus de 80 ans, le sans doute trop idéaliste Jean Mantelet, cède peu à peu la place avant de décéder. La fin de la pièce est un dialogue cynique qui se déroule au téléphone entre deux actionnaires italiens et le dernier patron du groupe Moulinex en France. L’histoire s’est accélérée : actionnaires fortunés, parachutes dorés des dirigeants contre usines rachetées ou démantelées et ouvriers licenciés…Fin de match pour la success-story à la française…

À la fin du spectacle, déposés par les comédiens sur la scène, restent juste les ustensiles inventés et commercialisés par Moulinex au fil du temps. Comme un dernier tour de piste, comme un hommage posthume, comme le lieu de mémoire tangible de notre histoire industrielle. 1932-2001 : Ci-git Moulinex, dernière marque française de l’électroménager.

 

Un cœur Moulinex
De Simon Grangeat
Mise en scène : Claude Viala
Assistant à la mise en scène : Hervé Laudière
Avec Hervé Laudière, Carole Leblanc, Véronique Müller, Loredana Chaillot, Pascaline Schwab, Christian Roux, Julien Brault

Musique : Christian Roux
Scénographie : Shanti Rugobuur
Lumière : Tanguy Gauchet
Durée : 1 h 30

Jusqu’au 26 Novembre au Théâtre de l’Opprimé
Du mercredi au samedi à 20 h 30 -Dimanche à 17 h

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