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Clouée au sol avec Pauline Bayle

Clouée au sol au Théâtre des DéchargeursClouée au sol – Elle était pilote de l’air pour l’armée américaine. Elle était dans le ciel comme dans son élément et sa couleur était le bleu. Elle ne se posait pas de question entre les ordres à exécu-ter et le sentiment de liberté en plein vol jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse, jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte. Au retour de son congé maternité, sa vie change : l’armée lui confie un drone à piloter. Elle restera désormais à terre, clouée au sol, plus précisément elle commandera l’appareil depuis l’autre côté de la terre.

Pauline Bayle se tient seule en scène : elle incarne cette machine de guerre qui déraille peu à peu. Avant il ne fallait se réhabituer à la vie civile qu’une à deux fois par an, avec les drones c’est tous les soirs. La zone de conflit s’est déplacée et, de l’Afghanistan, de l’Iraq aux casernes de Las Ve-gas, la guerre est devenue une affaire de bureau. Il ne suffit plus d’être bonne soldate, il faut éga-lement s’efforcer d’être la mère et l’épouse modèle : le poids devient de plus en plus lourd à porter. C’est un moment charnière pour cette femme qui a la charge du feu et du foyer. Et la comédienne parvient avec justesse à laisser apparaître le doute chez ce personnage. L’enjeu est en effet d’échapper à l’archétype.

Conflit au sol

Clouée au sol au Théâtre des DéchargeursDans Clouée au sol, la mise en scène efficace et sobre de Giles David permet de se concentrer sur l’actrice et son monologue. Elle campe avec ce qu’il faut d’intensité et de subtilité cette femme volontaire qui se sent de plus en plus perdue dans sa nouvelle vie. Il ne suffit pas de rentrer à la maison pour oublier une frappe militaire. Le désert du Nevada se confond peu à peu avec celui du Moyen-Orient pour cette pilote en perte de repères. La psychologie du personnage doit beaucoup à l’écriture ciselée du texte. Plein de nuances, il se prête aux différentes lectures en nous donnant à entendre autant la voix d’une femme que l’écho du monde occidental contemporain.

Sur le plateau nu, pas de drone, le spectacle tient à la parole, au récit de la comédienne. Le son, la musique tout comme les couleurs, les lumières indiquent une ambiance mais ne permettent pas de distinguer un espace. Clouée au sol est aussi cosa mentale, un enjeu sur le plan mental. Cette immersion dans la tête d’une pilote pose autrement la question de l’écran et de la caméra. Nous qui surveillons, sommes-nous Dieu ? Nous qui sommes surveillés, sommes-nous des ennemis ? Alors qu’il paraissait difficile au début de s’identifier au personnage, on reconnaît peu à peu dans son parcours l’obsession du contrôle et du contrôle de sol. Ce qui échappe au contrôle rend plus humain. Clouée au sol fait ainsi le portrait d’une femme qui a perdu ses ailes et ses illusions.

Clouée au sol
Texte George Brant
Traduction Dominique Hollier
Mise en scène Gilles David
Scénographie Olivier Brichet
Lumières Marie-Christine Soma
Costumes Bernadette Villard
Conception sonore Julien Fezans
Avec Pauline Bayle
Durée du spectacle : 1h30
Du mardi au samedi à 21h30

Crédit photo: Marina Raurell

Jusqu’au 26 novembre au Théâtre des Déchargeurs

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