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Clémentine Baert, Alors est-ce que c’est là ?

Clémentine Baert, Alors est-ce que c’est là ?Seule en scène, Clémentine Baert propose avec Alors est-ce que c’est là ? un spectacle sensible autour d’un manque qui prend toute la place. D’une question qui n’a l’air de rien l’interprète fait une pièce aux résonances universelles.

Alors est-ce que c’est là que ça commence ?

Clémentine Baert joue une femme hésitante, prête à se confier mais sans savoir par où dérouler le fil. On prend ce personnage au milieu de son histoire. Entre présent et passé, elle conjugue les temps, complètement perdue. Il y a la perte d’un homme ; mais l’on ne sait pas s’il est un père, un amant ou un mari. C’est une histoire d’amour mais à rebours. Cela pourrait commencer au Père Lachaise autour d’un caveau de famille, ou plus loin encore, un jour d’enfance. Le monologue ne dispense pas de certitudes mais plutôt multiplie les possibles. Entre parler et chanter, il y a dans la voix de Clémentine Baert des emprunts aux inflexions de Barbara et à la rythmique de Duras. La parole a ici la vérité de la folie et la liberté de la fiction.

Entre microcosme et macrocosme

De la vie de cette femme en face de nous, nous n’entendons que les bribes. C’est un personnage qui se cherche. Entre rêves et souvenirs, le récit se brouille et le présent n’est qu’une hypothèse. Le texte se calque sur un modèle scientifique en avançant par présupposés ; le doute est un moteur. La question de l’identité structure la pièce. La vie de cette femme avec ses déceptions, ses peurs et ses manques et la vie de l’univers croise la vie de l’univers avec ses trous de vers et ses trous noir. Du microcosme au macrocosme, on relativise, on pose les questions essentielles, à défaut d’apporter les réponses. A l’échelle de l’univers, nous ne sommes rien, fraction de seconde, poussière terrienne et justement nous nous efforçons de donner du sens à cette existence.

Une expérience de la salle

Clémentine Baert, Alors est-ce que c’est là ?L’homme regarde les avions dans le ciel nous raconte Clémentine Baert. Il connaît les destinations et les horaires des départs, peut-être a-t-il fait le tour du monde, peut-être est-il toujours resté à terre. Les possibilités suggérées par le spectacle sont nombreuses. Nous suivons en tous cas des yeux, une actrice qui a tout d’une étoile, apparaissant puis disparaissant dans de subtils jeux de lumières. Dans le noir, dans la clarté, spectateurs complices, nous accompagnons cette femme partie à la recherche de son identité. A son contact nous faisons l’expérience de la langue et de la lumière ; c’est à dire que nous nous étonnons de ce que nous prenons pour acquis. Au théâtre, nous vivons toujours pour la première fois les émotions. Dans la salle des sons retentissent et nous ressentons, par un habile truc, le frisson de la glace : l’absence et le manque sont ainsi rendus palpables.

Alors est-ce que c’est là se vit comme une expérience intime. Il faut convoquer des images sensibles, évoquer les sensations infimes pour être juste avec le travail de Clémentine Baert. Un moment rare qui ouvre des perspectives intérieures.

Alors est-ce que c’est là ?
Conception, interprétation : Clémentine Baert
Lumière : Philippe Gladieux
Son : Alexandre Meyer
Costume : Nehera
Crédit photos : Vincent Arbelet

Vu au T2G

 

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