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La Cicatrice au Théâtre de Belleville

La Cicatrice au Théâtre de BellevilleC’est la rentrée. Les petits enfants rentrent au collège pour devenir un peu plus grands. Jeff, 13 ans est encore un petit enfant lui-même, confiant dans la vie, confiant dans les autres, avec dans la tête les souvenirs des jeux en groupe et des crayons de couleur. Il passe une porte et, sans le savoir, vient de rentrer en enfer. Le petit Jeff, affligé d’un bec de lièvre, va apprendre à ses dépends la cruauté et l’humiliation, lot quotidien des gens – un peu – différents dans l’univers impitoyable de l’adolescence.

Quand la différence fait mal

Pour adapter ce roman de Bruce Lowery, le comédien et metteur en scène Vincent Menjou-Cortès choisit un curieux mélange de stand-up et de monologue de théâtre. Ce choix, qui au début du spectacle peut faire plonger dans la perplexité – le comédien nous offre-t-il une caricature de la souffrance ? Veut-il faire rire aux dépens du malheureux héros de cette histoire ? – ce choix, donc, s’avère à terme très pertinent.

En effet, les effets de stand-up, – dans le contexte de ce voyage au bout de la nuit – rappellent l’origine cruelle du rire, ainsi que sa faculté de souder un groupe en pointant du doigt un bouc émissaire…

Petits monstres pas gentils

Les voix outrées, les mimiques appuyées, dans une sorte de démonstration de pré-histoire de l’humour, recomposent le mélange terrible que propose l’adolescence à nos corps et à nos cœurs : de naïves blagues d’enfants qui rejoignent la terrible réalité de la vie adulte. Les blagues inoffensives d’hier deviennent des armes de destruction psychologique ou alors sont l’expression cruelle de notre incapacité à faire face à une adversité que l’on ne comprend pas.

Écrase l’autre, ou sois écrasé toi-même… Ce darwinisme social que nous traversons tous et que nous quittons avec soulagement, une fois bien arrivé à l’âge adulte, nous est renvoyé à la figure. Les pauvres victimes que nous avons contribué à enfoncer pour échapper nous-mêmes au lynchage nous montrent leur visage grimaçant et pointent sur nous un doigt accusateur. Ou alors on a été soi-même une victime de cela, et la blessure, toujours cuisante, se rappelle à notre – très mauvais – souvenir.

Le comédien joue droit et juste, sans jamais dévier de sa route, impossible d’échapper à ce qu’il raconte. Et il joue mal aussi – juste ce qu’il faut – pour apparaître à la fois maladroit, triste et impuissant. Il fait vivre devant nous chaque figure de ce drame, et chacun se voit dans sa faiblesse et son ridicule, petit monstre, gentil ou pas gentil, mais monstre en tous cas. C’est un témoin gênant, une insupportable petite voix de la conscience. On a presque envie de le taper.

La Cicatrice
Texte Bruce Lowery
Mise en scène et interprétation : Vincent Menjou-Cortès
Adaptation : Guillaume Elmassian, Vincent Menjou-Cortès
Collaboration artistique : Timothée Lerolle
Scénographie : Fanny Laplane
Création lumière : Hugo Hamman
Création son : Lucas Lemoine
Crédit photos : Arthur Crestani

Jusqu’au 30 septembre au Théâtre de Belleville
Le lundi et le mardi à 19h15, le dimanche à 15h

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