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Chroniques de Syrie

Chroniques d'une révolution orpheline à la MC93Leylah-Claire Rabih signe avec ces Chroniques une mise en scène délicate et sensible. Même les maladresses et les longueurs qui parsèment ici et là le déroulé de la soirée finissent par faire partie intégrante du propos. En effet, il s’agit là « d’essayer » de raconter l’indicible, l’horreur d’une guerre qui a des répercussions jusque dans les rues de Paris. Comment le théâtre pourrait-il s’emparer de récits de gens torturés dans les geôles syriennes ? Quels espaces restent ouverts à l’action et au théâtre ? Le spectacle a l’intelligence de ne pas répondre à la question et de jouer la carte de la tentative. L’inachèvement fait partie de ce récit toujours en construction – ou en destruction – est-on tenté de dire – tant les images nous ramènent continuellement au désastre humain en cours. Les spectateurs pourront repartir avec cela : une appréhension sensible des décombres dans les têtes et dans le réel ainsi que l’invitation à reconstruire.

Avant l’horreur, pour préparer l’après

Dans une salle « brisée » dans sa frontalité, avec un second gradin qui coupe la scène en deux et qui fait face – obliquement – à l’autre gradin, nous voilà invités à modifier notre rapport au récit, et à appréhender les déchirures et les bouleversements d’une histoire qui n’a pas encore tiré une cohérence à ce qui est en train de se passer dans la Syrie toute proche.
Pour entrer dans cette histoire, la metteure en scène choisit de se concentrer sur la période révolutionnaire pro-démocratie, avant le déclenchement des guerres de factions que nous connaissons. Par ce choix très juste, elle nous ramène à l’époque des possibles et cela a pour effet de nous réconcilier avec l’idée que l’histoire reste à écrire, malgré la violence du présent.

Chroniques d'une révolution orpheline à la MC93Dans cet espace modifié dans sa frontalité, les comédiens jouent – parfois – leur partition de manière affectée, mais cela finit par s’oublier tant leur engagement est sincère et leur approche du récit à la fois drôle, mélancolique et pleine de retenue. Paradoxalement, ce qui permet de faire décoller le spectacle – après une première partie trop formelle qui perd l’attention – c’est l’incarnation proposée par les comédiens dans la seconde partie. On finit par oublier le relatif classicisme du jeu pour plonger avec eux dans les abîmes de l’indicible. Les témoins qui tentent de s’exprimer sur leur emprisonnement et leur engagement, sont comme des revenants tant on a peine à imaginer que l’on puisse sortir vivant d’une pareille expérience. Le théâtre étant à la fois l’espace des vivants et des morts, cette seconde partie sonne particulièrement juste.

Enfin la troisième partie des chroniques met joyeusement en scène un voyage en Syrie, et mélange moments d’incarnations et de mise à distance, ainsi que retours réguliers au réel et au présent de la salle de spectacle. Un peu confus, mais très vivant. Le spectacle est très juste dans sa tonalité comme dans les formes qu’il propose. Il nous prend par surprise, mine de rien, et à la sortie l’émotion est palpable.

Chroniques d’une révolution orpheline
Mise en scène Leyla-Claire Rabih
Texte Mohammad Al Attar
Traduction Jumana Al-Yasiri et Leyla-Claire Rabih
Avec Soleïma Arabi, Wissam Arbache, Eurydice El-Etr, Leyla-Claire Rabih, Grégoire Tachnakian, Elie Youssef.
Scénographie et vidéos Jean-Christophe Lanquetin
Collaboration artistique Catherine Boskowitz
Conseil artistique Jumana Al-Yasiri
Assistanat à la mise en scène Philippe Journo
Création sonore Anouschka Trocker
Assistanat à la scénographie Maxime Chudeau
Régie générale Anthony Dascola
Crédit photos : Grenier neuf

Jusqu’au 10 février à la MC93

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