Théâtrorama

Chère Elena

Myriam Boyer est cette « Chère Elena » et elle y est sublime, touchante, encore et encore. Sa voix si reconnaissable, vous envoute comme chacun des rôles dans lesquels elle s’engage sans retenue.

Ecrite par Ludmilla Razoumovskaïa, auteure russe peu connue en France, cette pièce magnétique à l’écriture redoutable, est un huit clos dérangeant où les mains de la jeunesse finissent par devenir sales, au nom d’une indépendance nouvelle à laquelle ils se raccrochent comme des loups sauvages.

La réalité est simple et cruelle… Un soir, quatre élèves de terminale sonnent chez Elena Sergueievna, leur professeur de mathématiques afin de lui fêter son anniversaire. Rien d’anormal au demeurant, leur gentillesse est évidente… Surprise, mais en confiance, Elena les invite à entrer dans l’appartement, ignorant alors que le redoutable y rentre aussi.

Elle n’imagine pas un seul instant, que c’est pour récupérer la clé du casier ou dorment leurs copies d’examen final, et qu’ils veulent corriger eux-mêmes, (ils doutent, donc ils trichent) qu’un chantage et une lutte cruelle vont durer jusqu’au lever du jour.

Sujet étonnant et glaçant
L’auteure dépeint ainsi une génération éblouie par la réussite sociale facile pour certains d’entres eux, la désobéissance face aux institutions, l’absence d’humanisme chez de si jeunes gens, et l’ultra violence qui se dégage de leur corps et de leur esprit. Mais Elena l’adulte blessée dans ses valeurs éducatives et humiliée dans son intimité de femme, va se battre à grand coup de silence et de froideur contenue, pour prouver à « ces imbéciles juvéniles » que l’idéalisme et l’honnêteté sont des fondamentaux qui vont très bien ensembles. Et c’est là, la grande efficacité de cette pièce. Tout se bouscule et interroge une part de nous-mêmes.

Pour accompagner Myriam Boyer dans cette belle aventure, quatre jeunes acteurs fantastiques (Gauthier Battoue, Julien Crampon, François Deblock et Jeanne Ruff) qui jouent d’une justesse à couper le souffle. Le choix du casting est irréprochable, chacun étant à l’écoute des autres à chaque minute. A fleur de peau sans aucun doute, ils enchainent la violence comme ils enchainent l’enfance, l’amour, l’irréel. La sensation d’être devant de grands acteurs.

La mise en scène, signée du talentueux Didier Long, est énergique, et de ceux qui la trouveraient trop violente, il va au fond du sujet avec un imaginaire respectueux de celui de l’auteure. Le temps passe sans répit, et c’est aussi ça le travail du metteur en scène. Sa sensibilité et son intelligence du jeu, quel que soit l’espace scénique où il travaille, sont toujours touchantes et réalistes.

Ce spectacle captive tant son intensité est inattendue, et parce que le talent commun à ses cinq acteurs sur scène vous éblouit.

Chère Elena
De Ludmilla Razoumovskaia
Mise en scène par Didier Long
Traduction Joëlle et Marc Blondel
Scénographie Jean-Michel Adam et ADAM et Didier Long
Avec Myriam Boyer, Gauthier Battoue, Julien Crampon, François Deblock et Jeanne Ruff
Musique François Peyrony
Crédit photo : Pascal GELY
A partir du 2 septembre
Du mardi au samedi à 21h, dimanche 15h

Théâtre de Poche Montparnasse

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