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Ceux qui errent ne se trompent pas, quand la démocratie prend l’eau

Ceux qui errent ne se trompent pas, de Maëlle Poésy Ceux qui errent ne se trompent pas – Spectacle d’anticipation tiré du roman de José Saramago, « La Lucidité ». La pièce, adaptée par Kevin Keiss et Maëlle Poésy, surfe sur une vague de politique fiction. Fiction ? Pas tant que ça à écouter les réactions d’assentiment de la salle. À quand une représentation pour les élus, histoire d’éviter un prochain raz-de-marée dans les urnes ?

A voté !

Ceux qui errent ne se trompent pas commence comme une pièce de boulevard. Ambiance Clochemerle les bains en cette matinée d’élection. Une solennité un peu caricaturale affichée pour attendre les citoyens venant faire leur devoir. On joue le jeu de la démocratie, mais les dés sont pipés. Il pleut des cordes à se pendre. Pas un chat ne fait le déplacement jusqu’à la Mairie. Les heures passent et le désespoir grandit. Et la pluie ne fait que redoubler. Quelque chose d’anormal est en train de se produire. Agitations au Ministère, interrogations sur le terrain, Vaticinations dans les médias… Et heureusement, le miracle survient, Deus ex machina. La population, d’un seul homme, affronte la pluie pour aller voter en masse. Un taux d’abstention quasi nul. Les politiques exultent face à ce plébiscite du peuple… jusqu’au dépouillement qui crée un gros blanc dans l’histoire démocratique du pays.

La révolution par les urnes

Ceux qui errent ne se trompent pas, de Maëlle Poésy Le vote blanc, une arlésienne qui revient à chaque élection. Beaucoup rêvent de le prendre en compte, d’autres crient à l’arme anti démocratique risquant de bloquer le système. Le résultat des élections est sans appel : plus de 80 % de votes blancs. Un camouflet du peuple ? Une conspiration d’un groupuscule extrémiste, s’écrient les élus complètement désemparés. Le boulevard tend à basculer dans un thriller de science-fiction. La mise en scène de Maëlle Poésy embrigade le public dans un rythme haletant, face à une scène qui prend l’eau comme un déluge annoncé.

Repli stratégique ministériel. Une enquête est lancée et l’état d’inquiétude est instauré (toute ressemblance avec la réalité ne serait pas que pure coïncidence…) jusqu’à l’état de siège. Renversement des valeurs, les politiques perdent ce qu’il leur reste de dignité pour se transformer en requins qui tournent dans leur bocal. L’enquête sur le terrain emploie des méthodes de dictature. La démocratie vire à la royauté dans un climat de 1789. Les têtes ne vont pas tarder à tomber. Mais le peuple ne recherche pas une révolution et affiche seulement sa résolution du changement. Le vote blanc était un message clair, que les politiques ne parviennent pas à déchiffrer. Qu’à cela ne tienne. Quelques citoyens repeignent les murs de la Capitale en blanc. Un signal comme une envie de page blanche pour réécrire l’histoire. Le manque de réaction adéquat des politiques (tout ressemblance…) entraine une marche du peuple vers le château fort de la République. On assiste en direct à la fuite des « cerveaux » faisant écho au chaos de la famille royale pendant la Nuit de Varennes.

Et pendant ce temps là, il pleut !

Ceux qui errent ne se trompent pas, de Maëlle Poésy La débâcle est bien trempée… Une journaliste, envoyée spéciale un peu illuminée, n’hésite pas à se mouiller pour donner des flashs infos réguliers qui ouvrent un angle vers la voix de la rue. L’anarchie gagne du terrain face à une panique galopante parmi les élus. Les trouvailles scénographiques en jeux de lumière et utilisation de l’espace apportent un souffle supplémentaire au texte. Les politiques, en souris de laboratoire, sont confinés dans l’emboîtement de panneaux coulissants opaques, comme la situation. La légèreté du début s’est diluée dans une pluie qui donne le rythme. Les voix off, les silences et les réunions privées effritent un peu plus les fondements de la République actuelle pour laisser apparaître les prémices d’une société nouvelle, germant dans cette atmosphère de fin du monde. Un message en arc-en-ciel un peu artificiel, parfois, et trop bordé de didactisme, mais une pièce d’anticipation précieuse à garder au frais jusqu’en mai 2017…

Ceux qui errent ne se trompent pas
Texte : Kevin Keiss en collaboration avec Maëlle Poésy
D’après le roman La Lucidité de José Saramago
Traduction française de Geneviève Leibrich paru aux Éditions du Seuil et Points
Mise en scène : Maëlle Poésy
Dramaturgie : Kevin Keiss
Avec Caroline Arrouas, Marc Lamigeon, Roxane Palazzotto, Noémie Develay-Ressiguier, Cédric Simon, Grégoire Tachnakian
Scénographie : Hélène Jourdan
Création lumière : Jérémie Papin
Création sonore : Samuel Favart Mikcha
Costumes : Camille Vallat
Vidéo : Victor Egea
Durée : 2h
Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

Maëlle Poésy est une artiste accompagnée par Les Théâtres

Vu au théâtre du Gymnase

Au théâtre de la Cité internationale jusqu’au 18 décembre

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