Théâtrorama

C’est la vie

Traduit en plus de trente langues et joué dans le monde entier, Peter Turini, un des plus grands dramaturges de langue allemande, reste un auteur proche de la terre et des gens.

Dans C’est la vie, un texte écrit spécialement pour la Compagnie Brozzoni, il déroule sa vie dans une simplicité déroutante. Avec des mots de tous les jours, il raconte la pauvreté de ses parents, son père immigré italien qui arrive en Autriche avant la guerre de 40, l’école et ses injustices où sa sensibilité se retrouve brimée, les premiers émois amoureux, les petits boulots, les voyages et enfin, pour ne pas sombrer dans la dépression, les premiers écrits et l’immersion totale dans l’écriture théâtrale, comme une échappée en dehors de la banalité et vers l’infini du monde.

Conférence ? Confession ? Concert ? A quoi ressemble ce spectacle ? Claude Brozzoni qui le met en scène en parle comme « d’un cabaret écrit comme un oratorio ». Grégory Dargent et Claude Gomez -compositeurs et interprètes- suivent les moindres inflexions du texte, soulignant la musicalité et le rythme des courts poèmes réalistes, des chansons ou du récit. Et puis il y a pour donner du coffre à ce spectacle ce comédien exceptionnel qu’est Jean Quentin Châtelain. Avec sa stature à la Falstaff, il occupe tout l’espace par sa voix qui enfle, murmure, charme et gueule les mots qui se tricotent avec la musique. Seul en scène, il s’accroche au moindre frémissement du texte ou des images, qui défilent derrière lui, ombres projetées de la grande Histoire qui s’invite dans la petite.

Un spectacle en forme de « stratosphère poétique »
Rarement, un auteur, un metteur en scène et un acteur révèlent une relation si évidente. Une énergie physique et une stature identiques, mais aussi un partage des mêmes valeurs sur le plateau et dans la vie. Lorsque Brozzoni met en scène Turini et que Jean Quentin Châtelain joue, apparaît nettement en filigrane la communauté d’âmes qui les unit. La relation entre Claude Brozzoni et Peter Turini est une histoire au long cours. La Compagnie Brozzoni a déjà monté cinq pièces de Turini, les deux hommes sont tous les deux issus de cette immigration italienne pauvre et besogneuse. Tous les deux ont aussi pénétré le théâtre par leurs mains et leurs yeux, par l’intermédiaire de ces métiers manuels exercés par l’un et l’autre.

Du monde de croyances de son milieu d’origine, Brozzoni tire dans ses mises en scène une approche intime des choses et des gens. Turini polit son écriture, tourne et retourne les mots comme il le faisait du bois ou de l’acier, alors qu’il était bûcheron ou ouvrier métallurgiste. Pour l’un et l’autre, la rencontre avec le théâtre s’est faite loin des écoles et des idées toutes faites. Il a pris naissance dans le terreau des contes maternels de leur enfance qui leur ont donné une aptitude à rêver le monde.

Tout dans ce spectacle hors norme parle de démesure, mais aussi d’écoute, de rires partagés, de mélancolie et de l’amour du travail bien fait. Passant du conte à l’anecdote, du poème à la chanson, on finit par se retrouver dans une épopée qui prend parfois des accents homériques. C’est la vie porte en filigrane « le spectre de la mort comme seule vie ». Turini se sert des mots comme d’une incantation ou une prière pour « sauver des histoires qui ne mentent pas, inventant, dit-il, de belles histoires sur sa famille pour que sa nostalgie ait de l’allure ». À travers le récit d’une vie souvent vécue en décalé, le « gros garçon du menuisier » nous renvoie à nous-mêmes. Nous embarquant à sa suite dans la démesure de son imaginaire, Brozzoni, Châtelain, Gomez et Dargent font le reste, avec cette capacité de transformer la banalité du réel en odyssée.

C’est la vie
de Peter Turini
Traduction : Silvia Berutti-Ronelt, Jean-Claude Berrutti
Avec Jean-Quentin Châtelain
Mise en scène : Claude Brozzoni
Scénographie : Élodie Monet
Composition et interprétation musicale : Grégory Dargent et Claude Gomez
Adaptation : Dominique Wallon, Claude Brozzoni, Jean-Quentin Châtelain
Video : Jean-Paul Lebesson, Gwenaëlle Rabin
Lumière : Nicolas Faucheux
Crédit photo : Isabelle Fournier

Durée : 1 h 30

Du 17 Novembre au 13 Décembre 2015 à 18 h 30 au Théâtre du Rond Point

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