Théâtrorama

Mené par un formidable trio de comédiennes très complémentaires à force d’être différentes, ce spectacle au format très court (moins d’une heure) met en valeur un texte fort, généreux en bons mots et phrases assassines qui dédramatisent un sujet grave, la violence faites aux femmes. On regrettera toutefois une mise en scène sans grand relief qui sans plomber le sujet, ne le rehausse pas.

Elles sont trois, des maux plein la tête. De ces douleurs qu’on extirpe au détour d’une conversation, dont l’élément déclencheur peut même être totalement étranger à cette souffrance. Aussi différentes que peuvent l’être des personnes qui en deviennent complémentaires. Leur point commun : avoir subi une violence de la part d’un homme. Elles vont l’exorciser à leur manière…

La première, affublée d’un patronyme à faire fuir tous les mecs, a pour devise « pas d’homme pas d’bol » et se contente de s’en contenter, voire de s’en réjouir, pis-aller à une existence qui lui fait voir la vie en morose. La deuxième se pointe à l’hosto, ces lieux où « l’on s’égare de vestiges en vertiges » et où son père vient de mourir. Elle est face à la mère avec un océan de rancœurs qui ne demandent qu’à sortir. La troisième, au chômage, va se retrouver à faire la pute dans un bar où un client va cruellement manquait de délicatesse.

Un texte superbe
Le texte de Laure Illouz est fort, puissant, riche, ourlé de formules assassines qu’on pourrait croire sorties d’un roman de Mauriac (« Ma famille, cette excroissance »). Il dessine trois portraits, les cisèle avec un très juste équilibre qui évite à la fois le pathos et la caricature. Cette justesse de ton constitue indéniablement une des grandes forces de ce spectacle court présenté comme un documentaire, un « docu-théâtre » en quelque sorte. La prise de parole se fait en alternance par chacune des comédiennes.

Ce parti-pris de mise en scène, genre de kaléidoscope à l’échelle humaine, tombe sous le sens pour coller aux intentions de l’auteur et insuffler un rythme à la représentation. On pourra aussi légitimement le trouver un peu facile, d’autant que rien de bien transcendant sur le plan scénique et scénographique ne vient calquer la pétulance du texte. Le minimalisme dont souffre cette mise en scène ne porte pas préjudice au spectacle dans son intégralité, d’autant que les trois comédiennes y sont vraiment formidables, mais un peu d’imagination aurait probablement conférer à cette ensemble prometteur un éclat qu’il méritait amplement.

[note_box]Ce mâle qui nous a faites
De Laure Illouz
Mise en scène: Margot Turbil
Avec Sonia Leval, Lorraine Poujol, Margot Turbil [/note_box]

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