Théâtrorama

Callas

Mise à nu de la diva Callas pour faire ressortir la femme qui se cache sous le masque de la gloire, le texte de Jean-Yves Picq offre à Noémie Bianco un rôle puissant qu’elle habite viscéralement. Un spectacle indéniablement réussi.

Une table hérissée de micros. Le noir total que rompent des tonnerres d’applaudissements. Un halo de lumière laisse apparaître une jeune femme brune, prête à livrer un combat comme un matador dans une arène. Mais il s’agira pour elle d’affronter plus ses propres démons que les journalistes qu’on imagine assistant à cette conférence de presse. Ces journalistes qu’elle va haranguer en affirmant que les bons critiques ne sont pas légion avant de nuancer son propos d’un péremptoire « la plus méchante des critiques, c’est nous-mêmes ».

Callas, diva parmi les divas, au crépuscule de son existence, dresse un bilan de sa vie, de ses vies, professionnelle et privée. Entre bréviaire de l’art lyrique et testament, confession sans concession, cet entretien à sens unique sonne comme le tocsin d’une fulgurante carrière, d’un parcours hors normes auxquels elle s’est donnée au-delà de tout. Ses mots claquent comme des sentences ou se brisent comme des cris d’amour sans écho. Bourreau de travail, stakhanoviste, infatigable perfectionniste, celle qui dit que « L’important n’est pas comment jouer mais comment jouer mieux » règne encore sur le bel canto comme l’inaccessible étoile. Comme dans la chanson pour Brel et plus encore Barbara avec laquelle elle partage de troublantes similitudes, elle a érigé le don de soi comme une religion. Ses cathédrales : les salles de concert.

Une femme avant tout
Mais à l’inverse de la grande dame brune, Callas affiche clairement un sentimentalisme qui brûle en elle. « Vous croyez que je chanterais comme je chante si je n’étais pas sentimentale ? » lance-t-elle pour tenter de faire tomber le masque de la diva qu’on lui a collé à la peau, ce second épiderme fait de gloire et de triomphes. Conspuée pour avoir interprétée une Violetta fatiguée, laminée pour une extinction de voix, humiliée pour un physique ingrat, elle ne tient pourtant aucune revanche, n’aspirant qu’à une vie de femme à laquelle on pardonnerait ses fautes.

Le texte magnifique de Jean-Yves Picq fait ressortir toutes ces luttes auxquelles se livre la Callas dans ce monologue. Il s’est inspiré, pour l’écrire, de propos réels tenus par la cantatrice entre 1957 et 1974. C’est donc bien elle que nous entendons par la voix de Noémie Bianco. Bien que loin de l’âge de Callas au moment des faits et pas vraiment dotée du physique de l’emploi, la comédienne livre une composition puissante, sans misérabilisme, avec dignité et aplomb. Aidée par une mise en scène très épurée qui joue sur cette mise à nu de la diva qui tente de redevenir une simple femme, la comédienne parvient sans encombre à s’affranchir de ce manque de mimétisme, prouvant que la ressemblance n’est qu’un artifice lorsque le talent et le savoir-jouer sont là. Ce début de levée du voile (le spectacle ne dure qu’une heure et quart) réussit à donner au spectateur l’envie de poursuivre la (re)découverte de cette femme hors du commun. Probablement le meilleur gage de ses indéniables qualités.

[note_box]Callas
De Jean-Yves Picq
Mise en scène : Jean-Marc Avocat
Avec Noémie Bianco
Lumières : Justice Nahon
Photo : Michel Cavalda
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