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Le Cahier noir, festival Les Singuliers

Le Cahier noir, Olivier Py - Le CENTQUATRE-PARIS © Marc Domage (7)Avec Le Cahier noir, Olivier Py adapte le journal intime qu’il tenait adolescent. Tout en sobriété et en retenu, il laisse éclater le lyrisme d’un garçon perdu dans un décor de théâtre. Témoignage émouvant d’un jeune homme prisonnier de ses rêves et de sa ville, de ses désirs et de la réalité.

Journal adolescent

Avant même d’entrer en salle, les pages du Cahier noir sont partout dans le théâtre. L’écriture noire et serrée se déverse dans l’esprit du spectateur qui les retrouve sur les murs, dans les escaliers et partout sur son chemin. Les dessins expriment les fantasmes les plus explicites du jeune Olivier Py et le ton ouvertement cuir est donné d’emblée. L’écriture, telle qu’elle est mise en spectacle, telle qu’elle dépasse de la scène exprime le besoin d’un dépassement, d’une transcendance. Au delà des premiers frissons de la chair, l’âme est la grande affaire du narrateur profondément marqué, bien que non croyant, par un imaginaire catholique. Il s’efforce ainsi de remuer les tabous de l’amour homosexuel et de la religion pour renverser une insoutenable réalité, celle des petites villes de province.

Acteurs innocents

Le décor est gris, une petite ville comme il en existe beaucoup. Une vue depuis un parc sur un voisinage de maisons et la toiture d’une église sert de toile de fond. La théâtralité d’un dessin pour tout horizon, Olivier Py se sert de la scène pour en découdre avec la merde de ce monde. Son alter ego, Emilien Diart-Detoeuf, est remarquable dans ce rôle d’adolescent romantique tour à tour odieux et attachant. Les autres comédiens avec lesquels il interagit, réduits à des apparitions fantasmatiques ou aux rôles de faire-valoir existent dans l’ombre de ses monologues. En effet la diction de l’acteur participe de beaucoup à la réussite du spectacle en ce qu’elle exacerbe un lyrisme noir et flamboyant, une écriture baroque et torturée.

Théâtre incandescent

Le narrateur crâne volontiers avec le ton de ce celui qui n’a rien vu mais qui a tout lu. Il est avant tout question dans Le Cahier noir d’un rapport à la littérature. La causticité du narrateur provient de l’écart entre son imaginaire, l’idéal grandi par les lectures d’autres romans, et le réel. La soumission qu’il recherche lui semble la seule possibilité de toucher à l’absolu par le don total de soi. Véritable chambre d’échos et lanterne magique, au vue du jeu d’éclairage, le plateau voit passer un chevalier noir, un archange et un prince en cravate. Le masochisme du narrateur, cette vibrante souffrance entretenu par des scarification installe un silence grave ; l’expression d’une éternelle adolescence et l’histoire d’un autre siècle.

 

Le Cahier noir
Créé et dirigé par : Olivier Py
Avec : Emmanuel Besnault, Emilien Diard-Detoeuf et Sylvain Lecomte
Création des décors : Pierre-André Weitz
Régisseur-accessoiriste : Florent Gallier
Crédit photos: Marc Domage

vu au Centrequatre-Paris dans le cadre du festival Les Singuliers

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