Théâtrorama

Ils nous parlent d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… Certains y entrent timidement par une petite porte chancelante, d’autres se bousculent à la plus frêle des fenêtres, sans savoir qu’ils ont pris place à bord d’une cabine-cuisine transformée en laboratoire de souvenirs. Là où les murs murmurent, les tableaux débitent, les chaises chuchotent et les assiettes dissertent.

Marc Dabo, l’hôte au profil de Géo Trouvetou, l’ampoule lumineuse gigotant joyeusement au sommet du crâne, se charge de faire les présentations et nous souhaite la bienvenue en ses terres de révélations. L’homme est bien entouré : sa droite dérouille François à la bidouille boudeuse et sa gauche soulève Bertrand à l’archive dépoussiérée et monomaniaque. Entre eux, très vite, des tas et des tas de cartes postales et personnelles, de photographies couleur sépia de vieux albums de famille, de figurines en papier et en carton-pâte, vont remonter à la surface.

Leur demeure, toute de bric et de broc fabriquée, appartient à une autre époque – un intérieur fait de tchou tchou modélisés, de livres fleurant bon les sous-bois, d’écrans pas encore correctement connectés, de magnétophones à sons embobinés et de téléviseurs à console ventripotente. Elle renferme les secrets d’un double héritage transmis par un certain Marcel Blondeau : intime – aller simple vers les énigmes d’une généalogie géniale – et partagée – départ sans retour souhaité pour la toile historique et artistique du monde.

Matière brute pour matière grise
L’incursion promise passera par un malin ménage des méninges. C’est que l’ayant cause Marc Dabo doit faire face aux conséquences directes et indirectes de sa grande entreprise de dévoilement. Marcel Blondeau était électronicien ? Voilà l’excuse toute trouvée pour jongler un peu entre tous les fils qu’il a laissés sur le plancher collectif. Et même si du capharnaüm qui s’étale sous ses pieds, il semblerait qu’il n’y ait rien à démêler de plus que « la solitude d’un vieil homme », il se met martel en tête et prend instruments en main pour dénouer les mystères de temps anciens. Marcel Blondeau était cinéaste ? Nouvel alibi idéal pour se servir des images et remettre ainsi la machinerie en action.

Les tiroirs du temps s’ouvrent grâce à des objets quotidiens, des carnets ou assiettes d’étagères aux tuyaux d’arrosage, ce genre d’engins qui font naître une magie sans illusion mais qui font sortir les histoires des cahiers où elles ont été écrites. Le petit Marcel avait le prénom de la plus grande cathédrale littéraire, et il avait surtout la curiosité et l’avidité des plus grands explorateurs. Un espace s’offrait déjà dans ses cahiers de classe, un océan dans ses rêves d’enfant, et de multiples scénarios déferlaient à vitesse grand V dans les moindres artères de son ciboulot ingénieux. Il ne tenait qu’à Marc Dabo de récupérer la bouteille que cet ancêtre commun a jetée à la mer, et d’embarquer à son tour sur la route d’un itinéraire intérieur.

Dans le rétroviseur de ce bien curieux cockpit à faire redécoller Gagarine, le labyrinthe à astuces pique le transsibérien et frotte les premières ailes de l’aviation, réveille les Rolling Stones et défroisse les plis de la jupe de Marilyn, longe les plages de Do you do you Saint-Tropez et désengourdit le toutou fou patriarcal. Objectif lune ou mille et une merveilles. Où les effets, bien plus que spéciaux, sont de sensationnels détournements et des révélateurs d’enchantement.

Cockpit Cuisine. Les Voyages domestiques de Marcel Blondeau
Avec Laurent Fraunié, Benoit Faivre et Francis Ramm (compagnie La Bande Passante)
Direction artistique : Laurent Fraunié
Mise en scène : Harry Holtzman
Conception / construction images et machines : Marcel Blondeau, David Gallaire, Julien Goetz, Benoit Faivre, Tommy Laszlo, Thierry Mathieu, Frédéric Parison, Véronika Petit, Francis Ramm
Au théâtre du Grand Parquet du 5 au 22 février 2015

 

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