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Paris seventies show

L ANGOISSE DU ROI SALOMONFaut-il se plaindre de la progression du nombre de spectacles joués par un seul comédien ? Sans doute. Les scènes parisiennes proposent trop de solos médiocres pour de mauvaises raisons. Le Théâtre du Petit Saint Martin met à l’affiche une pièce délicieuse, adaptée du dernier roman publié par Romain Gary, en 1979. Avec brio, Bruno Abraham-Kremer incarne plusieurs rôles, dans une partition qui fait résonner la langue rocailleuse de l’auteur.

Bien sûr, le texte n’a pas été conçu pour être joué. L’habileté d’un duo de fins lettrés (Corine Juresco et Bruno Abraham-Kremer) lui insuffle l’énergie et le rythme nécessaires au théâtre. Parce que souvent, c’est ça qui manque, l’entrain, le mouvement, la pétulance, surtout face à un public qui, à moins de vivre dans un terrier, a le regard modifié par des formats de série télévisées. Finissons-en sur les qualités de l’adaptation, c’est nerveux sans être sec, enjoué sans être boulevardier.

Un dispositif scénique efficace

Pour donner vie à un ex roi du sentier et à sa galerie de proches dans les années 70, le duo signe aussi une mise en scène vivante. Le dispositif scénique, signé Jean Haas, est habile, du genre à éviter (et c’est tant mieux) de transformer le comédien en technicien de plateau. Bruno Abraham-Kremer y virevolte à son aise, et offre quelques scènes dansées et chantées, avec le soutien d’une bande-son de haute tenue (signée Mehdi Ahoudig) qui nous place dans le contexte sans avoir besoin de surligner. C’est malin comme tout. Que dire de l’histoire ? L’improbable destin d’un ancien roi du pantalon, musicien contrarié, nous est conté par un chauffeur de taxi. Par la magie des rencontres urbaines, il devient le complice du riche retraité. Le vieil homme a décidé de créer une ligne d’écoute, façon SOS Amitié avec cadeau Bonux, le tout délivré sans logique ni cohérence, parce que faire le bien, ça se fait comme ça.

Figures parisiennes

On croise la route de quelques figures parisiennes, une ancienne gloire du music-hall pas vraiment remise de l’épuration, une libraire philosophe, le tout narré par le taxi gueule cassée, féru de dictionnaires. Son ami le papy, royal bien sûr, n’a aucune intention de sortir de scène. Les dialogues sont beaux comme rarement, la langue des titis parisiens, polie par un des plus grands stylistes du XXème siècle sent le café-concert et le bistrot du coin. C’est beau comme un conte fringant comme du Audiard, avec une pointe de mélancolie souriante et pas la moindre trace d’amertume.

 

L’Angoisse du roi Salomon
D’après le roman de Romain Gary (Emile Ajar)
Adaptation et mise en scène Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco
Interprété par Bruno Abraham-Kremer
Scénographie Jean Haas
Lumières : Arno Veyrat
Son : Mehdi Ahoudig
Costumes : Charlotte Villermet
Crédit photos : crédit photo Pascal Gely

Au Théâtre du Petit Saint Martin

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