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Les Bijoux de famille de Laurent Spielvogel

C’est un visage connu et une personnalité toute en truculence. Laurent Spielvogel remonte sur les planches d’un joli théâtre niché dans un cinéma de quartier à l’ancienne, pour la reprise d’un seul en scène ébouriffant. Le théâtre et le cinéma nous proposent souvent de rire de nos familles, de raconter avec humour ce qui construit ou déconstruit.

C’est souvent consternant, parfois fulgurant. Avec le comédien, qui s’est exposé très tôt dans des solos, c’est malin sans être facile, drôle sans être grossier. Pourquoi expose-t-il ses « bijoux de famille » ? Parce qu’il vient d’une famille de bijoutier et qu’il porte bien le strass. Les pépites à reflets, ce sont les non-dits, le refus de mettre en mots qui irriguent les histoires familiales. Remarquable auteur, Laurent Spielvogel remonte le fil de sa vie, avec une maman, mi-femme au foyer mi-diva, qui lui demande, tout petit, de quitter les talons et les robes qu’il lui emprunte volontiers. Petit garçon, il veut déjà être actrice, ce sont ses mots. Il aime ce qui brille, les entrées et les éclairages étudiées, le mystère. Les parents, juifs d’origine ashkenaze, vont cultiver très tôt un déni tenace sur l’envers de ses goûts, un voile étiré avec constance au fil des années. Le comédien n’est pas sorti indemne, le succès n’a pas effacé toutes les plaies.

Une galerie de portraits

Les Bijoux de famille, le petit garçon qui voulait être actriceMarlène Dietrich, Barbara, Lorenzaccio, il passe d’un personnage à l’autre, avec un retour permanent aux satellites familiaux qui entourent celle-ci, comme le rabbin, qui entend poser chaque destinée sur les mêmes rails. C’est mordant mais sans virulence, et l’on se retrouve à aimer, avec lui, cette famille où chacun joue sa partition de drama-queen à la perfection. Il dépeint ses personnages avec leurs fragilités, ne pas les aimer est difficile, notamment l’étonnante grand-mère, qui s’interroge sur l’usage des « balançoires » dans les bars voisins du Marais où elle habite. Ces imitations sont des cajoleries, il ne griffe pas. Quand l’acteur ajoute à ce portrait de groupe un personnage d’antiquaire qui drague avec force insistance dans un sauna, ou un gars trompé et largué, il est tout aussi juste, avec l’élégance d’un humour désolé. Ces bijoux sont des perles, polies par une mise en scène rythmé qui laisse filtrer de jolis émois, et l’on attend avec impatience la prochaine création, peut-être un poil plus féroce.

Les Bijoux de famille
Texte et interprétation : Laurent Spielvogel
Mise en scène : Jérôme Sanchez
Crédit photo : Lucie Page et Bruno Perroud

Du 5 au 8 décembre au Théâtre de l’archipel

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