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Berliner Mauer : Vestiges

Un mur à Berlin… Il y a tout d’abord cette répartition dès l’entrée des spectateurs dans la salle, selon un dispositif bi-frontal qui met l’espace scénique au milieu du public.

La première scène se passe à la fin de la seconde guerre mondiale en 1945. Semblant tout droit sortis d’une pièce de Brecht, le visage maquillé de blanc, trois personnages parlent fort en se donnant de grandes claques dans le dos et en faisant un sort à la bouteille de whisky sur la table. Staline, Churchill et Roosevelt, le propos cynique et le rire gras, se partagent le monde après la capitulation du III° Reich. L’Allemagne est au centre des tractations. Le pays sera bientôt séparé en deux. Dans la nuit du 12 au 13 Août 1961 est construit à Berlin ce qui sera le « mur de la honte » pour les Allemands de l’Ouest et officiellement appelé par le gouvernement est-allemand « mur de protection antifasciste ».

Nés pour la plupart à la chute du mur de Berlin en 1989, une quinzaine de comédiens, tous issus du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris s’emparent du sujet et questionnent, avec un bel enthousiasme, l’un des évènements les plus marquants de la seconde moitié du XX° siècle occidental.

Des années 40 aux années 90, la musique, des chansons, les changements de costumes soulignent le passage du temps. Se basant sur des documents d’archives, des extraits de films ou de textes d’écrivains comme Heiner Muller, les comédiens entrecroisent les histoires intimes, les improvisations, les discours et les récits historiques. Sous nos yeux, le mur de Berlin se construit. Les acteurs passent avec une énergie qui ne se dément pas d’un espace ouvert à un plateau réduit de moitié. Véritable trouvaille dramaturgique, le mur dressé à vue inclut le public dans un dispositif scénographique qui conduit les spectateurs à vivre une expérience différente selon leur position dans la salle.

De chaque côté du mur…

Vestiges1©Pierre DolzaniQue se passe-t-il de l’autre côté ?
Que vivent ceux dont on a été séparés ?
Désormais, l’histoire se partage en deux. Dans la réalité passée et sur la scène aujourd’hui, la vie se poursuit de chaque côté du mur. Les spectateurs « à l’Ouest » ont juste un écho de ce qui se passe à « l’Est » et vice versa. Les uns découvrent le libéralisme, les autres l’enfermement du communisme. Mettant en scène la séparation de Berlin par le rideau de fer, Julie Bertin et Jade Herbulot conduisent le public à physiquement en vivre l’expérience. Après la curiosité, l’envie de savoir ce qu’il se passe de l’autre côté du mur, on finit par s’en désintéresser ou du moins à n’y laisser traîner qu’une oreille distraite. Le temps du spectacle, on fait l’expérience de la réalité du rideau de fer, on finit par s’habituer au rétrécissement de l’espace et à s’intéresser uniquement à l’action qui se déroule sous nos yeux.

De quoi avons-nous hérité à la chute du mur de Berlin ? Mondialisation, suprématie américaine, chute des idéologies communistes… En filigrane, se racontent les appréhensions et les espoirs de notre époque et de toute une génération. Jouant sur l’imaginaire d’une mémoire collective, sur les mythes qui sont nés de l’Histoire, portée par le rythme des chansons de Nina Hagen ou par l’image de Rostropovitch jouant du violoncelle devant le mur béant, les jeunes comédiens du Birgit Ensemble nous entraînent à leur suite dans la joie de l’union retrouvée. Un spectacle rythmé, joyeux, intelligent, plein d’une fausse naïveté qui pose les bonnes questions avec humour.

Berliner Mauer : Vestiges
Conception & Mise en scène : Julie Bertin & Jade Herbulot – Le Birgit Ensemble
Scénographie : Camille Duchemin
Costumes : Camille Aït Allouache
Lumière : Simon Fritschi
Son : Marc Bretonnière
Vidéo : Yann Philippe
Chef de choeur : Nikola Takov
Avec Eléonore Arnaud – Julie Bertin – Lou Chauvain -Louise Coldefy – Emilien Diard-Detoeuf -Pierre Duprat Zoé Fauconnet -Anna Fournier – Kevin Garnichat -Jade Herbulot – Lazare Herson-Macarel-TimothéeLepeltier Antoine Louvard – Morgane Nairaud – Loïc Riewer – Marie Sambourg – Anaïs Thomas
Violoncelle : Rachel Colombe
Durée : 2 h 25

Crédit photo: Pierre Dolzani

Jusqu’au 20 Mars 2016 au Studio Casanova

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