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Apocalypse bébé par le Collectif Mariedl

L’autrice Virginie Despentes a de nombreuses vertus… Représentante du féminisme de la troisième vague, – qui invite les hommes à rejoindre le combat contre le patriarcat -, romancière populaire, factrice de sexe trash, peintre d’une Comédie Humaine renouvelée, contemporaine, libérée de ses illustres modèles… On se sent vivant après la lecture de ses romans, très vivant même. Et puis apaisé, et puis plus intelligent qu’avant, étonné de ses propres possibilités, ainsi que de sa légèreté retrouvée.

Ses romans sont de plus en plus portés à la scène, et ce avec un certain succès. Le mélange de cet univers trash et réaliste / personnages loufoques, comme sortis d’une BD / urgence du féminisme, a de beaux jours devant lui… Il se prête fort bien à la parole directe et donc à la scène.

Kitsch et trash

Le spectacle « Apocalypse Bébé » mis en scène par Selma Alaoui est de ceux qui confirment cette intuition. Même s’il y a de nombreux défauts : un début un peu poussif, une scénographie qui handicape les comédiens dans un premier temps – avant de les porter à partir de la seconde partie de la pièce -, des codes de jeu pas toujours accordés, malgré cela donc, l’enthousiasme et le talent finissent par nous emporter. Le spectacle est solide et déroule ses atouts avec confiance. Peu à peu les différents niveaux de lecture et de temporalité de l’action peuvent se déployer. L’adaptation est très réussie. Les récits se déroulent et nous entraînent de l’un à l’autre, jouant de leurs causes à effets jusqu’à l’effroi final. Les comédien.n.e.s ont du cœur, du talent, et disposent de tout l’enthousiasme juvénile nécessaire à cette forme : Jouer à la bande dessinée, au récit populaire, mais lui faire passer le cap de l’adaptation sur scène, le rendre crédible, drôle, dégoutant, excitant, effrayant.

Le road-trip nous est ici retransmis dans toute sa tension et sa drôlerie et rend parfaitement compte de la nature de l’écriture de Virginie Despentes. Certains personnages sont particulièrement attachants, car attendus du public, telle la Hyène, qui peut rappeler le Vautrin de Balzac, dans une version plus années quatre-vingt dix : Sexe, drogue, et musique rock ! La bande son est à l’avenant. Elle témoigne de la grande culture musicale de Virginie Despentes, ainsi que de sa volonté d’inscrire la musique au cœur même de son écriture. Le souffle est transmis, y compris dans ses excès. Parfois, l’envie de faire du « grand spectacle » amène à se poser la question des moyens, mais l’essentiel est là.C’est un beau spectacle. Courageux, ambitieux, juvénile, enthousiaste. On recommande.

  • Apocalypse bébé
  • De Virginie Despentes
  • Par le Collectif Mariedl
  • Mise en scène et adaptation : Selma Alaoui
  • Avec Maud Fillion, Ingrid Heiderscheidt,Nathalie Mellinger, Eline Schumacher, Achille Ridolfi, Aymeric Trionfo, Mélanie Zucconi 
  • Scénographie & costumes : Marie Szersnovicz
  • Création lumière : Simon Siegmann
  • Création sonore : Guillaume Istace, David Defour
  • Dramaturgie & vidéo : Bruno Tracq
  • Assistanat à la mise en scène : Amel Benaïssa, Jeanne Dailler, Alexis Lameda
  • Crédit photos: Lou Hérion
  • Jusqu’au  28 mars au Théâtre Paris Villette

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