Théâtrorama

You’re talking to me ?

Les paysages américains, de New-York à Los Angeles, peuplent nos souvenirs quand bien même nous n’y serions jamais allés. Relayés par une toute-puissante machine culturelle, par les romans, les longs-métrages et les séries, ils forment l’arrière-plan familier de notre imaginaire. Ici, la jeune troupe du FLTR Théâtre nous offre l’occasion d’un voyage dans notre far-west personnel.

Qui n’a jamais rêvé d’incarner un héros américain ? Quel petit garçon n’a jamais pensé à pointer son gun, à faire des roulades et des ralentis, à se larguer d’un avion en flammes, à conquérir des créatures sublimes, à jouer au FBI et au gangsta ? L’avantage de jouer à l’Américain c’est que l’on peut aussi – suprême virilité – se voir dans la peau du soldat qui doute de son bon droit au milieu de la jungle vietnamienne. En bref, – quoi qu’il arrive – on garde la posture du héros, de celui qui fait l’histoire et qui garde le rôle principal. On est celui qui se sent partout chez lui au centre de son récit.

La jeune troupe du FLTR Théâtre se fait plaisir avec cette adaptation de roman, et elle nous entraine dans sa jubilation. La virilité excessive et infantile incarnée par de nombreuses figures de héros américains – et de anti-héros, puisque la domination culturelle américaine s’exerce jusque dans ce domaine – cette virilité donc est ici prise sous l’angle de l’humour et du plaisir de jouer. Une interprétation qui permettra aux acteurs de nous entrainer sur des terrains plus sombres, ceux d’une certaine idée de la décadence, de la dangerosité voire de la folie pure.

You fuck my wife ?
Cependant l’adaptation pèche un peu par excès de jouissance personnelle, et on ne sait pas exactement où l’on se trouve. Sommes-nous dans un théâtre de l’image ? Dans une image théâtralisée ? Dans un théâtre qui se voudrait cinéma ? Dans ce spectacle, la théâtralité n’est pas complètement assumée, et les nombreuses pistes proposées paraissent insuffisamment explorées. Par exemple, l’idée très intéressante d’un duo entre le héros et un autre acteur qui incarne tous les personnages secondaires peine à trouver une vraie direction. Au lieu de se sublimer, comme un bon Bardamu – Robinson, ce duo se laisse emporter par son plaisir au détriment d’émotions plus complexes ; il sert davantage comme une rustine dramaturgique que comme un véritable projet théâtral. Le spectacle – globalement – manque d’une véritable affirmation. Le décor sert d’appui de jeu sans être véritablement signifiant, les lumières relèvent plus de la virtuosité que d’une pensée affirmée. En bref, ce plaisir global du plateau – que l’on ressent très fortement en tant que spectateur – est à la fois la médaille du spectacle et son revers. Cependant l’engagement et l’enthousiasme de la troupe emportent l’adhésion, et en allant voir American Bastard, on a de fortes chances de passer une bonne soirée. S’il y a des défauts, la troupe est jeune et les intuitions sont là. Il n’y a plus qu’à se jeter dessus.

American Bastard
D’après American Desperado de Jon Roberts et Evan Wright édité chez Broadway Paperbacks / New-York
Mise en scène et adaptation : Jérémie Bédrune
Avec Jean-Philippe Ricci, Michel Albertini, Romain Mascagni, Emilie Rouge, Sami Jelidi, Gregoire Baujat
Composition musicale : Romain Mascagni
Conception visuelle : Emilie Rouge

Jusqu’au 23 octobre au théâtre La Loge

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