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Alors que j’attendais de Mohammad El Attar

Alors que j'attendais de Mohammad El AttarAlors que j’attendais – Sur la scène, un lit d’hôpital où Taim, dans le coma, lutte toujours. Le jeune homme a été retrouvé inconscient à l’arrière de sa voiture, manifestement battu à mort à un des nombreux check -points qui coupent en deux la ville de Damas. À ses côtés sa mère veille récitant de temps à autre des versets du Coran. L’ami de toujours, la petite amie, la sœur arrivée du Liban se succèdent, se croisent autour du jeune homme dans le coma. Le temps s’est suspendu autour de ce corps absent, dans l’attente d’un retour vers la normalité du quotidien. Autour de lui, on raconte le monde comme il va, on s’interroge, on se dispute parfois. Personne ne sait ce qui est réellement arrivé, on précise juste que les événements racontés ont eu lieu entre janvier 2015 et janvier 2016.

Alors que j’attendais – Un monde en suspens

Évitant volontairement d’explorer l’énigme qui plane sur ce qui a conduit Taim dans le coma, Mohammad El Attar et Omar Abusaada, auteur et metteur en scène, croisent dans Alors que j’attendais, deux lignes de narration : la ligne « imaginative » de Taim qui, dans son coma, flotte entre deux mondes et la ligne « réaliste » qui raconte un an de la vie d’un groupe de proches du jeune homme. Le coma du fils renvoie à la mort tragique du père et au scandale qu’elle a suscité. Au-delà, il évoque la situation d’une Syrie coupée en deux, en attente du règlement du conflit qui la déchire.

Un entrelacement du sens

Alors que j'attendais de Mohammad El AttarMais que sait-on de ce qui advient dans le coma ? Que voit-on à partir de ce flou entre la vie et la mort ? Posté sur un praticable à 5 m du sol, Taim raconte ce qu’il voit, ce qu’il advient, et redonne sa version des événements du pays. À ses côtés, un compagnon d’infortune, transformé en DJ, erre lui aussi à la lisière du monde et observe « ce ciel sans Dieu ». Déréalisée, la ville de Damas est le lieu de l’attachement de chaque personnage – y compris celui de Mohammad El Attar qui continue à vivre en Syrie, malgré les menaces.

Ici les cortèges funèbres sont vécus comme des fêtes orgiaques données pour la violence et la mort. Ici la frontière entre les corps dans le coma, le mouvement et l’espace dans le monde de vivants se trouvent abolie.

Le récit au rythme lent paraît parfois convenu, mais il renforce dans cet arabe syrien mélodieux, l’attente, l’ennui, le climat d’incertitude ambiant qui pourraient conduire au désespoir. Cependant, malgré la guerre évoquée comme une toile de fond, en dépit des lignes de fractures que le coma de Taim induisent dans la vie de chacun, le dialogue se poursuit pour continuer à construire un sens à la vie personnelle de chacun.

Partis de la réalité du coma puis du décès d’un de leurs amis, Mohammad El Attar et Omar Abusaada étudient les différentes strates de l’état comateux et de l’impact sur les proches et finissent par un glissement du sens a faire de cet état la métaphore d’un pays « ni vivant, ni mort [existant] dans une zone grise entre espoir et désespoir ».

« Alors que j’attendais » est une pièce de résistance qui se refuse à donner une réponse au conflit en cours, ce qui n’empêche en rien l’engagement des artistes. Si le spectacle est impossible à représenter dans le pays en raison de la critique implicite du régime syrien en place aujourd’hui, la fin qui reste suspendue à une envolée lyrique, demeure une interrogation têtue face à l’amoncellement des morts dans la Syrie actuelle.

Alors que j’attendais
Spectacle en arabe surtitré
Texte : Mohammad El Attar
Mise en scène : Omar Abusaada
Scénographie : Bissane Al Charif
Avec : Amal Omran, Mohammad Alarashi, Nanda Mohammad, Reham Kassar, Mouiad Roumieh, Mahammad Al Refai
Lumière : Hassan Albalkhi, Abdulhamid Khalifeh
Video : Reem Al Ghazzi

Durée : 1 h 30

Vu au Tarmac dans le cadre du Festival d’Automne de Paris

Tournée

26-27 Octobre : Onassis Cultural Center, Athènes, Grèce
18 & 19 Novembre : Les Bancs Publics, Marseille
Du 24 au 26 Novembre : Théâtre du Nord, Lille

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