Théâtrorama

L’habit fait le pape avec Alfredo Arias

Elle, Alfredo Arias en habit papalRarement monté en raison de son caractère inachevé, Elle de Jean Genet trouve un nouveau souffle accoudé à une préface de Sade et à une conclusion de Pasolini. Une mise en scène intelligente et drôle d’Alfredo Arias pour le Théâtre de l’Athénée.

L’habit papal trône au dessus de la scène. Dès l’introduction, Alfredo Arias en convoquant Sade nous promet de nous faire entrer dans les coulisses du Vatican. L’homme qui se trouve être le pape accepte tout de sa maîtresse et se vautre dans la luxure et l’opulence que lui procure sa position supérieure. Le contraste entre la fonction et l’individu qui la revêt frappe comme un avertissement. Il est question de bout en bout du pouvoir et de sa mise en scène. La pièce de Genet traite sur le mode humoristique de la séance photo officielle qui consacre l’homme en tant que pape et fait rayonner son autorité. Le costume d’un noir et blanc de comédie, optique et surtout hypnotique marque la rétine et donne le ton.

Question d’image

Le dispositif de filtres et d’écran permet de faire surgir le pape à tout moment, à la manière d’une image subliminale qui ne reste parfois que le temps d’un grésillement. Sa Sainteté, Elle, est partout, en chair et en hologramme, Sa secrétaire, la remarquable Adriana Pegueroles, règle le protocole de la séance photo à la baguette et joue du fouet pour mettre au pas un photographe peu conscient de l’ampleur de sa tâche et pour le moins étonné des coutumes de saint Pierre et de l’exubérance des cardinaux. Tous les éléments de la farce sont là et pourtant la fable reste éminemment sérieuse et toujours aussi actuelle ; il est question dans une société de communication de notre rapport à l’image, à la dévotion, à l’adoration.

Leçon de communication

Le pape de Genet est lassé de sa fonction, les cinq chants qu’il fait connaître au photographe s’apparente à des lamentations. Il évoque ses jeunes années de berger tout comme le poids de sa fonction. Il envisage, loin des pauses obligées en orant ou en méditation, de substituer à son image officielle un morceau de sucre. A la manière du Christ qui avait fait du vin son sang et du pain son corps, le pape imagine se rendre soluble et infiltrer le quotidien des fidèles. Cette proposition a priori loufoque fait de l’Eglise une religion à part entière et lie plus encore le rituel de la communion avec celui de la consommation. Une proposition finalement visionnaire qui pourrait évoquer dans notre ordinaire, comme le suggère le jeu avec la vidéo, la mystique autour des nouvelles technologies. Elle a donc bien des raisons de nous hanter et de résonner aujourd’hui…

 

Elle
texte :Jean Genet
mise en scène : Alfredo Arias
avec Alfredo Arias, Marcos Montes,, Alejandra Radano, Adriana Pegueroles
assistants à la mise en scène: Olivier Brillet, Luciana Milione
scénographie: Alfredo Arias
collaboration à la scénographie Elsa Ejchenrand
costumes : Pablo Ramirez
lumière : Jacques Rouveyrollis
vidéo: Alejandro Rumolino
son: Thierry Legeai
musique: Diego Vila
Crédit photos: Laura Lago

Vu au théâtre de l’Athénée

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