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Adieu Monsieur Haffmann de Jean-Philippe Daguerre

Avec Adieu Monsieur Haffmann, Jean-Philippe Daguerre met en scène un bien joli texte qu’il a écrit d’une plume alerte, dans une langue à la fois simple et tout en nuances. Sans démonstration et sur un rythme de scénario de film, une histoire qui parle d’amour, de peur et, souligne l’auteur,  » du désordre des hommes ».

Paris 1942. Le port de l’étoile jaune est devenu obligatoire pour les juifs. Joseph Haffmann, bijoutier de son état, propose à Pierre Vigneau de lui confier la bijouterie dont il est jusque-là l’employé. En échange celui-ci doit accepter de le cacher dans la cave jusqu’à ce que la situation s’améliore. L’échange n’est pas unilatéral car Pierre Vigneau va demander à Joseph Haffmann père heureux de quatre enfants de pallier à sa stérilité en faisant un enfant avec sa femme.

Adieu Monsieur Haffmann de Jean-Philippe Daguerre

Un pacte donnant-donnant

Le marché accepté va alors conditionner tous les rapports de la maisonnée, découper l’espace entre l’appartement et la cave, l’intérieur et l’extérieur. La facture classique de la fable devient le contrepoint solide d’une mise en scène tout en mouvement et dans lequel chaque enjeu, chaque tension apparaît dans les jeux de regards et les silences des acteurs. La direction d’acteurs de Jean-Philippe Daguerre est au cordeau et ne laisse rien au hasard. Apparaît entre les lignes du texte, la présence d’un extérieur dangereux que l’on ne voit jamais, la mise en place du contrat entre Joseph et Isabelle sur un rythme de claquettes alors que rien n’est montré et que tout se joue dans l’imaginaire de Pierre.

La scénographie de l’espace rend compte de l’étouffement, de la promiscuité et des combats intérieurs. On passe de la cave de Joseph, à la cuisine des Vigneau par un simple changement de lumière et un déplacement sur la scène. La parole forte et vive circule d’un personnage à l’autre sans ces gestes ou ces onomatopées qui ponctuent le discours et ne servent à rien, rendant compte d’un dialogue théâtral tenu, loin de la conversation ordinaire. La sobriété du décor et des costumes, l’utilisation fluide de l’espace laissent aux acteurs la possibilité de déployer un jeu généreux et sans complaisance émotionnelle.

Alexandre Bonstein est un M. Haffmann au sourire timide, digne en dépit de la situation. Sans ostentation, par un jeu sobre qui tient compte de chaque enjeu de la pièce, il déroule subtilement les sentiments contradictoires qui l’habitent et ne s’expriment pas. Face à lui, Grégori Baquet interprète Pierre Vigneau. Pataud, plutôt brut dans ses approches, malgré ses coups de gueule et ses maladresses, il reste généreux et intègre alors même qu’il est prêt à basculer, par jalousie, vers les idées nazies. La personnalité explosive de Julie Cavanna fait d’Isabelle une jeune femme intelligente qui reste maîtresse du jeu et de sa vie alors que sa situation « d’objet de marchandage » entre les deux hommes pourrait l’inciter à se dévaloriser.

L’incursion du danger et de la vulgarité dans ce cocon bien organisé viendront du dîner avec l’ambassadeur de l’Allemagne nazie et de sa femme (Frank Desmedt et Salomé Villiers) dans une dernière partie où chaque mot devient dangereux, malgré une jovialité de bon aloi. Face au déploiement, à l’extérieur, de la force brutale du pouvoir nazi, face à une situation initiale qui aurait pu, à l’intérieur, basculer vers les mêmes types d’enjeux, Adieu Monsieur Haffmann est une pièce qui parle d’amour et qui, sans illusions sur la brutalité du monde, nous dit aussi que le respect, l’ouverture à l’autre et la tendresse sont juste des questions de points de vue.

 

Adieu Monsieur Haffmann
Texte et Mise en scène : Jean-Philippe Daguerre
Prix Théâtre 2017 de la Fondation Barrière
Assistant à la mise en scène : Hervé haine
Avec en alternance : Grégori Baquet ou Charles Lelaure, Alexandre Bonstein, Julie Cavanna, Frank Desmedt, Charlotte Matzneff ou Salomé Villiers
Collaboration artistique : Laurence Pollet-Villard
Décor : Caroline Mexme
Musique : Hervé Haine
Lumières : Aurélien Amsellem
Costumes : Virginie H
Crédit photos : Evelyne Desaux
Durée : 1 h 20

Au Théâtre du Petit Montparnasse

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