Théâtrorama

Des bouts de tissus assemblés avec des ustensiles de cuisine et des morceaux de métal… Dans cette foire à la ferraille et aux textiles, les matières s’animent, et un univers prend vie, celui d’ Adieu Bienvenida, sublime spectacle de marionnettes de la Compagnie catalane Mimaia Teatro.

Bienvenida prépare chaque dimanche les meilleures sardines du port pour les pêcheurs et marins qui viennent déjeuner dans son auberge. Sur sa grande table, où apparaissent et disparaissent toutes sortes de récipients, d’objets et de personnages, elle s’efforce d’apporter sa modeste pierre à l’édifice complexe de l’existence, nourrissant les travailleurs de la mer et quelques rares terriens solidement ancrés sur le port. Rien n’est évident pour elle, seule à tenir cet endroit où la plupart des convives sont de passage. Mais elle possède une volonté inébranlable, se sachant indispensable à tous. Jusqu’à l’arrivée d’un aventurier des océans, dont la vague passionnelle va tout laminer.

Ce marin, dont elle tombe folle amoureuse est une authentique étoile filante des mers. Il ouvre momentanément la porte de l’aventure, apportant une bouffée d’oxygène chez l’honnête aubergiste qui naviguait en solitaire. Les airs d’accordéon et de guitare joués par la femme bohême qui vit à proximité, font danser les amants jusqu’au bout de la nuit dans un enivrant et romantique maelström d’amour.

A l’accostage, c’est la naissance d’un enfant et la disparition d’un amant attiré par l’appel du large. Le récif du destin fend la coque du fragile bateau de Bienvenida. Ne reste plus au fils qu’à compenser cette absence. Un temps. Vient le jour où il quitte lui aussi le nid familial, laissant Bienvenida affronter seule les démons de l’abandon et de la solitude. Elle touchera le fond, lors d’une scène magnifique, où à travers une fenêtre, nous la voyons, impuissants, sombrer dans les abysses, avant d’être récupérée in extrémis par un de ses plus fidèles amis. Marionnette enceinte, mangeur de sardines boulimique, buffet qui se transforme en maison, orage composé de louches et de petites cuillères, l’imagination semble n’avoir aucune limite dans ce monde conçu de bric et de broc, et traversé par un souffle poétique, qui voit la constance se confronter à l’instabilité.

Il ne m’a pas dit au revoir…
Par la grâce de la comédienne-manipulatrice Dora Cantero, Bienvenida existe pour de vrai devant nos yeux ébahis, elle qui, sinon, passerait inaperçue dans la grande valse des êtres vivants. De multiples techniques, marionnette à gaine, corps-castelet, théâtre d’objets, sont employées pour permettre à ce personnage superbe de simplicité et de beauté, de nous émouvoir jusqu’aux larmes.

Accompagnée par les chansons de Mina Trapp qui évoquent la liberté et le voyage, mais aussi l’attachement aux choses et aux lieux, cette féerie énergique bourrée d’humour et teintée de nostalgie, touche petits et grands, en nous emportant dans le tourbillon du cycle de la vie et son éternel recommencement. Le tour de force des auteurs est de ne porter aucun jugement, et de nous enseigner qu’il faut laisser finir certaines choses pour que d’autres puissent commencer. Et existe-t-il quelque chose de plus beau que de rappeler les aspects les plus fondamentaux de notre humanité en donnant vie à l’inanimé ?

Adieu Bienvenida
Auteur et mise en scène : Dora Cantero
Interprétation, manipulation, musique : Dora Cantero, Mina Trapp
Construction marionnettes & scénographie : Mina Trapp, Angel Navarro
Lumières, son : Ivo Garcia Sune, Patrick Cunha
Durée : 50 mn
Crédit photo : Daniel Alonso

Les 21 et 22 septembre à Charleville-Mézières à la salle Manureva

 

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