Théâtrorama

A la vie !

Résiste ! Prouve que tu existes !

La crise, la misère, le chômage… pas de remède en vue, juste un petit supplément d’humanité qui se fait sa place au soleil de Marseille dans cette fable du quotidien où les petites gens sont des grandes âmes… Une adaptation réussie du film de Robert Guédignian « A la vie, à la mort », co-écrit avec Jean-Louis Milesi…

« En France il n’existe pas de ce que vous appelez pauvres… » : un discours officiel et pompeux s’élève de la radio. Les pauvres ? Une vue de l’esprit. C’est comme le nuage de Tchernobyl, la France a été épargnée par la misère ou alors vraiment c’est parce qu’ils le veulent bien qu’ils sont dans cet état financier. Il n’avait qu’à avoir un bouclier fiscal comme tout le monde. Une voix qui suffit à électrifier l’atmosphère et à créer un contraste avec l’apparition des trois ouvriers forçats du boulot, José, Patrick et Jacquot, qui triment plus pour gagner moins et atterrissent à la case chômage après un emploi saisonnier. Le trio d’amis uni par les liens sacrés de la famille et de l’amitié, se retrouve dans leur refuge qui fait de la résistance : le cabaret du Perroquet vert qui ne fait plus recette mais encore crédit.

La vieille stripteaseuse, Josepha aurait bien envie de décrocher et de fermer boutique sans plus avoir à montrer ses fesses. Mais l’âme du cabaret c’est la seule lueur d’espoir de cette tribu qui fait de la résistance à la morosité. Le cabaret devient un refuge pour Marie-Sol, la sœur de José et femme de Patrick, virée de son abri de fortune (c’est beaucoup dire) par sa patronne qui n’a pas compris que l’esclavage ne faisait pas partie du contrat de travail. Le papa Carlossa, paralytique antifranquiste à qui il reste encore une langue bien pendue, suit le mouvement. Refuge aussi pour le seul client du bar, Otto, barbouze allemand à la retraite qui distille ses messages d’humanité et Vénus, junkie qui en a marre qu’on lui raconte des craques. Y’a pas d’argent mais beaucoup d’amour et d’humour dans cette bande de décalés de la société.

Crédit photo Edouard Curchod
Crédit photo Edouard Curchod

Faire quatre fois plus avec trois fois rien…
L’union fait la force au cabaret, tant et si bien que quand l’une des ouailles, Jacquot, le fils adoptif, s’en éloigne, c’est la dèche assurée. Le cabaret c’est le ventre maternel qui permet de tenir et d’envisager l’avenir sans trop grimacer. Mais l’avenir appartient à celui qui le prend et les habitués du cabaret savent que le combat est quotidien et qu’il faut agir, à l’instar de Marie-Sol qui décide ne plus seulement attendre le bon vouloir de la Sainte Vierge pour avoir un enfant en trouvant son Saint-Esprit à domicile. Vivre c’est ne pas se résigner, écrivait Camus. Et la résignation n’est pas au programme au cabaret. Le rire et la dérision font barrage à l’adversité et aux épreuves. Même Vénus, la jeune droguée se réinsère dans cette énergie positive.

« A la vie! » est une pièce qui fait du bien. C’est vrai que les personnages sont un peu trop caricaturaux. D’un côté les gentils pauvres, de l’autre les méchants riches. La pièce repose sur un fragile équilibre entre l’humour et les diatribes engagées, l’émotion et la gaudriole. Il suffirait d’un grain de sable pour la faire basculer vers l’empâtement d’une guimauve sociale mais le grain de sable est toujours balayé par l’extrême justesse de tous les comédiens qui tirent le texte vers le haut. Chacun se complète dans leur rôle pour former une unité parfaite qui donne une résonance puissante au texte de Jean-Louis Milesi, qui va chercher de l’humain même dans les bas-fonds. La mise en scène ne cherche pas à faire grincer les violons mais sert de faire-valoir aux personnages, pour capter les granules d’humanité à chaque coin de phrases. Les scènes se découpent comme des plans de cinéma dans un décor d’Anne Wannier, truffé de trouvailles ingénieuses. La pièce se déroule comme un film. Impossible de mettre sur pause tellement le public est suspendu à la vie de ses personnages.

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À la vie !
De Jean-Louis Milesi
Mise en scène : Pierre-Loup Rajot
Avec Jean-Jérôme Esposito, Laurent Fernandez, Lara Guirao, Julie Lucazeau, Ged Marlon, Georges Néri, Richard Sammel, Mireille Viti
Décor : Anne Wannier
Costumes : Céline Guignard
Lumières : Jérôme Peyrebrune
Ambiance sonore : Lise Rajot
Assistante mise en scène : Andréa Saunier
Du 13 mai au 27 juin 2009,
Du mercredi au vendredi à 20 h 30, samedi à 17 h et 21 h, dimanche à 15h

Théâtre Mouffetard
73, rue Mouffetard ,75005 Paris
http://www.theatremouffetard.com/
Réservations : 01 43 31 11 99
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