Théâtrorama

Au centre d’un rond de lumière, ils semblent tout droit sortis d’un film américain de série B. Ils sont tous masqués et au centre l’un d’entre eux affiche sur son masque le sourire inoxydable du président Obama. Ils disent tous s’appeler George Kaplan, tout en lisant le manifeste d’un pseudo groupe d’anarchistes baba cools.

Partant de ce mystérieux personnage de « La mort aux trousses » du film d’Alfred Hitchcock, Frédéric Sonntag crée une pièce-puzzle en trois volets jouée par cinq comédiens, qui, d’un espace à l’autre semblent beaucoup s’amuser à nous perdre. Considéré comme une sorte de coquille vide, George Kaplan devient à la fois le point de départ et le but final sur lequel peuvent se greffer tous les fantasmes.

Cependant, quel est le lien entre ce groupe de clandestins qui prétendent se nommer tous George Kaplan, une équipe de scénaristes en quête d’un concept original pour une série de télévision et le gouvernement invisible d’une grande puissance aux prises avec un danger qui menace la sécurité du pays voire celle du monde ? Un seul nom pour tout cela : George Kaplan. Mais qui est George Kaplan ? Un concept ? Une contre fiction ? Un canular ? Un mythe ? Une arme ?

Un récit labyrinthique
Multipliant d’une histoire à l’autre les indices, les dédoublant, emboîtant les récits, jouant sur les références à la fois théâtrales et cinématographiques, Sonntag nous entraîne à sa suite dans les dédales de son histoire. C’est drôle, c’est inquiétant, c’est malin, captivant et ça fait travailler les méninges dans tous les sens ! Il croise les univers pour mieux dénoncer les tripatouillages de pouvoirs où la politique rejoint le spectacle, où la réalité se transforme en fiction ou en mythe dans le seul but de manipuler le plus grand nombre. Prolongeant l’action sur le plateau, la même scène est filmée et inclut d’autres détails plus réalistes, plus étranges ou nous mène dans une direction inédite.

Lancé sur les traces de George Kaplan, que l’on ne rencontre jamais – comme dans le film de Hitchcock – nous sommes posés au cœur d’une manipulation qui s’ interroge sur elle-même : qui manipule ? Qui est manipulé ?  » La différence entre la réalité et la fiction, c’est que la fiction se doit d’être cohérente », dit un des scénaristes. Cassant la linéarité du récit, Sonntag et sa bande de joyeux drilles nous promènent sur les chemins escarpés d’une réalité fictive qui travaille sur les résonances, les échos, les rapprochements thématiques en opposition totale avec la recherche d’une cohérence. Grinçante et lucide, cette comédie pose la question de l’usage politique des récits « qui mobilisent les émotions des citoyens » et mettent en spectacle la réalité.

Sonntag met en lumière l’image brouillée d’un monde organisé autour de grands récits concoctés par Hollywood, des communicants de tous crins, ou des histoires bêtifiantes du divertissement. « Certaines fictions, dit-il, sont ouvertes, émancipatrices, productrices de pensées, d’autres sont aliénantes, asphyxiantes, manipulatrices, voire mortifères ». En mettant l’accent sur ce monde au carré spécifique de « l’âge performatif des démocraties »(…) aux mains de spin doctors enivrés par leur pouvoir de narration et de mystification », Sonntag nous oblige à revenir sur la notion de vérité, à nous interroger sur cette vie réelle qui implique aussi que l’on ne trouve pas toujours les bonnes répliques au bon moment.

George Kaplan
Texte & Mise en scène : Frédéric Sonntag
Scénographie : Marc Lainé assisté d’Aurélie Lemaignen
Création vidéo : Thomas Rathier
Avec Alexandre Cardin, Florent Guyot, Lisa Sans, Jérémie Sonntag, Fleur Sulmont.

Jusqu’au 7 Juin 2015 au Théâtre de la Tempête
Du mardi au samedi à 20 h- Dimanche à 16 h
Durée : 1 h 35
© Bertrand Faure

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest