Théâtrorama

Entrer dans une autre dimension avec Marion Siéfert

2 ou 3 choses que je sais de vous par Marion SiéfertAvec 2 ou 3 choses que je sais de vous c’est au public que Marion Siéfert s’adresse, échantillon de l’humanité à l’échelle d’un théâtre. Elle fait de son spectacle une expérience renouvelée de la salle par le biais d’une écriture des médias sociaux.

C’est une extra-terrestre qui émerge des brumes du plateau. Un être aux gestes robotiques qui communique sans même ouvrir la bouche. Des images défilent sur l’écran en plein milieu de la scène, une voix off établit le contact avec le spectateur, exercice de télépathie en régie. De ce personnage venu d’ailleurs nous ne saurions rien. Le voyage imaginaire est un genre à part entière et il s’agit moins d’envisager d’autres mondes que d’explorer le nôtre, à la fois réel et virtuel. L’actrice se livre à une radiographie de l’assemblée par les mains, chiromancienne d’un autre type. Marion Siéfert lit les visages tout comme elle décrypte les profils facebook de tous les participants à l’événement. Le spectacle change selon les invités, et chaque soir il se prépare sans même que nous nous en doutions. L’écriture se réinvente à chaque occasion, se nourrissant de nos profils et de nos publications. La trame de la rencontre extra-terrestre pour mieux interroger notre propre dimension et ce que les technologies disent de nous.

Le jeu de la reconnaissance

C’est une expérience anthropologique que nous propose Marion Siéfert. Son personnage offre le décalage nécessaire pour que nous puissions nous regarder en face, avoir le recul sur nos pratiques numériques. Dans la pénombre, elle passe entre les rangées pour ausculter son public qui lui jette à peine un œil, rivé sur l’écran et complètement captif de la narration mise en place. Ce dispositif où l’actrice ne s’offre que dans le face à face pendant que le reste de l’assemblée se regarde elle-même offre une étrange impression d’intimité. Plus sûrement qu’en éclairant le public frontalement, la metteuse en scène nous permet de faire connaissance, à la dérobée. L’enjeu est de fonder un groupe autour de ce même spectacle auquel nous assistons tous. Dans l’assemblée, des liens d’amitiés existent déjà, des connaissances se sont salués à l’entrée, certains visages nous ont paru familiers. Les ressorts sociologiques sont ainsi révélés par facebook, plus sûrement que par l’état civil. Apparaître à l’écran dans 2 ou 3 choses que je sais de vous ne relève pas d’une gloire ou d’une fierté individuelle, il ne s’agit pas du quart d’heure de célébrité qui distinguerait connus et inconnus mais d’être reconnu comme faisant partie d’un groupe, celui des habitués du théâtre, celui des spectateurs présent ce soir là.

Le portrait d’une communauté

Les images défilent. Selfies, photos de famille, souvenirs d’une soirée entre amis. On retrouve cette vue de bord de mer dont on rêve pour les vacances, le contour du parc où l’on va courir, du canal où l’on passé de nombreuses soirées. Ces lieux communs définissent une communauté, des gens qui n’ont pas forcément de relations entre eux mais qui sont géographiquement proches. Plus ou moins inconsciemment, nous sommes nombreux dans la salle à partager les mêmes habitudes, les mêmes rites, les mêmes opinions. Avec humour, l’extra-terrestre interprète nos modes de vies, au traver des citations, coup de gueules, éclats de joie qu’elle rencontre. Les médias sociaux dessinent une nouvelle carte de Tendre, un pays où les relations sont fluctuantes, où les dénominations changent mais où les émotions affleurent. 2 ou 3 choses que je sais de vous apparaît comme le condensé d’une société, on y sent la rage communicative, on retrouve les témoignages de manifs, l’expression des solidarités, la mémoire des attentats, des moments fort aussi bien individuellement que collectivement. Que Facebook détiennent autant d’informations sur nos vies privés c’est entendu mais que tout cela soit aussi révélateur d’humanité donne le vertige. Après avoir applaudi en toute connivence, on ne peut s’empêcher de penser que beaucoup pourrait-être des ”amis”.

2 ou 3 choses que je sais de vous
Conception, texte & performance : Marion Siéfert
Lumière & collaboration artistique : Matthias Schönijahn
Régie lumière : Maëlle Payonne
Création sonore : Johannes van Bebber
Enregistrement voix : Thibaut Dufait
Production : Ziferte Productions – Administration : Sandra Orain

Vu à La Loge, à venir à La Commune d’Aubervilliers

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