Théâtrorama

Chicago – Théâtre Mogador

L’œuvre canaille est adaptée à Paris, dans une version française. Avec une troupe qui vaut le déplacement. Dans les années 20, c’était une ville canaille, pleine de bars louches, de malfrats et de filles faciles. Chicago, ce fût ensuite le nom d’une pièce de théâtre, puis d’une comédie musicale créée par quelques génies et bien sûr un film oscarisé. Broadway garde à l’affiche ce classique, Paris propose cet automne une version et une adaptation française.

Aux manettes, Stage Entertainment, pour « une histoire de meurtre, de cupidité, de corruption, de violence, de manipulation, d’adultère et de trahison, toutes ces choses qui sont si chères à notre cœur… » selon les premiers mots de la pièce. Alors, réplique ou pas réplique, copie conforme ou copie affadie ? Sur la fidélité à la version de 1996, rien à dire : le dispositif avec l’orchestre de 14 musiciens est le même et ça joue, plutôt bien, en direct. C’est bien dansé, sans doute de façon un peu plus sage, mais le style Bob Fosse est là, sans fidélité absolue. Les interprètes ont tout ce qu’il faut pour capter l’attention et rendre grâce à ce marchandage permanent des corps et des faveurs qui fait le sel de cette histoire. La traduction des paroles en français est professionnelle, c’est du bel ouvrage ciselé, pourtant la question de savoir s’il faut ou non continuer à traduire ces classiques reste posée.

Les voix sont belles, bien choisies, présentes, c’est évidemment un atout. Même les exercices vocaux, parfois appuyés, le petit côté « je fais ma démo » à l’américaine tout ça passe la rampe. Alors, qu’est-ce qui manque ? Un ingrédient clé : l’intention de mise en scène. Un peu plus d’esprit, d’à-propos. Cette somme de petits détails qui fait dire d’un metteur en scène qu’il a le sens de l’histoire, on ne le retrouve pas. Comme si la production avait gommé le côté « bienvenue dans les bas-fonds » d’une pièce qui se déroule majoritairement dans une prison de femmes, avec une gardienne matrone qui monnaye ses services. Certes, les deux rôles principaux incarnent avec énergie de sémillantes tueuses, et Sofia Essaïdi est impeccable. L’avocat, incarné par Jean Luc Guizonne (finaliste de la Star Academy en 2005) s’en donne à cœur joie, avec panache, et nous avec lui.

Hélas, l’ensemble reste poli, d’une grande retenue, sans se frotter à la hargne, à l’outrecuidance des caractères. Comme si la production avait peut-être « disneyifié » un propos politiquement incorrect qui ne s’y prête pas. Serait-ce un des défauts du siècle ? Le music-hall se prête mal à l’uniformisation. Les acteurs francophones qui chantent et dansent méritent bien mieux, ils peuvent être un cran au-dessus. Pour ceux qui ne connaissent pas cette comédie musicale, il faut les découvrir : ils font le job, ils sont à la hauteur. On se prend à regretter que la production, puissante et internationale, ne fasse pas appel à des metteurs en scène inventifs, corrosifs ou coquins, capables de déjouer les codes sans les oublier, pour faire briller encore plus cette pépite du jazz.

Chicago
Livret et paroles : John Kander et Freb Ebb avec Bob Fosse, co-auteur du livret
Chorégraphie : Ann Reinking
Mise en scène : Tania Nardini
Direction musicale : Rob Bowman

Au Théâtre Mogador

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