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Vladimir Jankélévitch, une leçon de vie

Vladimir Jankélévitch - La vie est une géniale improvisationVladimir Jankélévitch – Bruno Abraham-Kremer aurait pu être professeur de philosophie, il est devenu acteur et metteur en scène. Le spectacle qu’il dédie à Vladimir Jankélévitch lui permet sans doute de mêler ces deux vocations. Le spectacle tout entier est placé sous le signe de la transmission ; noble mission dont il s’acquitte fort bien.

Entre le bon acteur et le bon professeur, peut-être le point commun est-il celui de la conviction. L’acteur s’accapare le texte qu’il prend à cœur, le professeur passionné par son sujet veille à que son auditoire n’en perde rien. Jankélévitch est bien servi par l’un et par l’autre. Le spectacle donne à entendre sa correspondance, c’est à dire toute sa vie. Une grande part du spectacle se fonde sur ses échanges avec Louis Boduc, ami de jeunesse rencontré sur les bancs de la classe préparatoire. On trouve d’autres noms et celui de philosophe comme Bergson mais le choix des lettres révèle surtout la vie intime et la personnalité de « Janké ».

Question de transmission

Vladimir Jankélévitch - La vie est une géniale improvisationPour ses étudiants, « Janké », puisqu’il se laissait approcher ainsi, était un exemple ; non seulement par ses livres, mais aussi dans sa vie. Sa correspondance, si elle fait écho à ses livres, raconte leur genèse, leur développement et en offre des clés de lectures, nous conte surtout la vie d’un homme d’action. Ce qui pourrait relever de l’anecdote ne l’est jamais vraiment. Le sens de l’humour, l’amour de la musique, ne sont pas des détails : ils forgent un style, une manière d’être. Le spectacle rend ainsi hommage à ce philosophe et musicologue capable de jouer du piano pendant qu’il improvisait son cours à la Sorbonne ; la bande son très présente apporte de la vie à ces évocations.

La philosophie n’est pas seulement une manière de penser mais aussi de vivre. Au travers de la seconde Guerre Mondiale, Jankélévitch s’engage dans la résistance, connaît la vie cachée des persécutés. Sa famille vit avec la faim et il ne survit que de missives clandestines. Tout cela le spectacle ne le cache pas : les documents d’archives apportent au contraire un éclairage très historique à la lecture. Pour l’auteur de L’imprescriptible, l’épreuve de l’après-guerre réside dans le pardon. Jusqu’à sa rencontre avec le jeune professeur Wiard Raveling qui lui demande le pardon au nom du peuple allemand, Jankélévitch, homme de parole, se refuse à toute référence à la culture germanophone…

Un philosophe se révèle aussi dans ses capacités de doute et la lecture des lettres de Jankélévitch, plus que celle de ses livres, laisse entendre un processus, une pensée qui se cherche. Une approche que « Janké » ne rejetterait pas ; grand pédagogue, il a trouvé un élève qui perpétue plus que sa mémoire, son actualité.

Vladimir Jankélévitch – La vie est une géniale improvisation
D’après sa correspondance réunie par Françoise Schwab – Editions Liana Lévy
Mise en scène et adaptation : Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco
Avec Bruno Abraham-Kremer
Création sonore : Mehdi Ahoudig
Lumière : Arno Veyrat
Durée : 1 h 20
Du mardi au samedi à 19h – Dimanche à 15 h
Jusqu’au 11 Décembre au Lucernaire

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