Théâtrorama

La lutte du charismatique symbole de la Résistance pour trouver et donner à la population de la ville où il est préfet son pain quotidien : la proposition est alléchante. Le résultat, malgré un investissement réel et honnête de la compagnie de l’Archipel, n’est pas vraiment à la hauteur faute d’un casting pleinement convaincant.

On connaît tous Jean Moulin, le leader charismatique de la Résistance, plus jeune préfet de France. Pas une ville de taille même modeste qui ne porte une rue, une place, un établissement à son nom. « Visage de la France » porteur de « ces lèvres qui n’avaient pas parlé » selon la célèbre phrase de Malraux à l’occasion de l’entrée du héros au Panthéon. Un chapeau, une écharpe : deux artifices vestimentaires qui consolidèrent la légende grâce à une photo étendard.

Une légende qui fait parfois oublier l’essentiel : les écrits de cet homme hors du commun. Jean Moulin est un des personnages qui a laissé le plus de témoignages écrits sur son existence, son expérience. « Premier Combat » raconte comment Moulin, alors préfet de l’Eure-et-Loire, se démena avant de finir torturé et embastillé pour nourrir ses administrés, comment il organisa un premier et essentiel réseau de résistance, celui de la subsistance. Les pages qu’il noircit au tout début des années 40 constituent non seulement un témoignage inestimable mais permettent aussi d’assister à la naissance d’un mythe. S’y côtoient les pires descriptions de barbarie, les procédés sophistes de l’occupant pour parvenir à ses tristes fins, l’état des lieux d’une France exsangue, moribonde, affamée, sans armature sociale.

Une proposition pourtant séduisante
L’adaptation théâtrale que propose Christian Fregnet de ces écrits ne manque pas de panache. Moulin, jeté en prison pour avoir refusé de dénoncer des tirailleurs sénégalais va évoquer par un flashback ces dernières quarante-huit heures. A ses côtés, précisément, un de ces tirailleurs. Le futur héros de l’histoire et l’anonyme, le blanc et le noir unis dans un même élan de patriotisme. Ce que l’Histoire n’a pas retenu, le théâtre va l’inventer. Ainsi ces deux personnages vont se passer le relai pour faire vivre cette âpre vérité. Le projet ainsi présenté à tout pour séduire.

Sur la scène, le résultat est mitigé. Si Christian Julien est parfait dans le rôle du tirailleur, mais aussi du bourreau, on a plus de mal à visualiser en Valéry Forestier le héros et martyr de la Résistance. Probablement trop jeune pour le rôle (Moulin avait quand même 41 ans au moment des faits) et en dépit d’un jeu tout à fait honnête, il ne fait jamais vraiment penser à son personnage. Une voix trop monocorde, une gestuelle qui ne rappelle pas celle d’un édile, haut fonctionnaire de l’Etat rendent sa composition faiblarde. Cette erreur de casting est regrettable d’autant que le travail de mise en scène, qui évite habilement le monologue et livre un compte à rebours terrible et angoissant en métaphorisant l’enfermement par sa construction circulaire s’avère une vraie réussite.

[note_box]Premier combat
Mise en scène et scénographie : Christian Fregnet
Avec Valéry Forestier et Christian Julien
Lumières : Thomas Jay
Costumes : Marie Sol Camus
Photo : Tita Montserrat[/note_box]

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