Théâtrorama

Créée en 2005, autour de l’idée de troupe et privilégiant la création collective, la « Compagnie Guépard Échappée » fait partie de ces petites compagnies qui, d’une pièce à l’autre, trace son chemin et finit par se reconnaître à la qualité constante de son travail.

Après le succès d’un « Dindon » de Feydeau totalement décoiffant qu’elle avait mis en scène avec Hélène Lebarbier, Vica Zagreba adapte et met en scène, en solo, « Pierre et Jean », roman écrit en 1887-1888 par Guy de Maupassant. Un petit bijou de finesse raffinée qui passe en ce moment sur la scène parisienne du Lucernaire et que l’on peut résumer ainsi.

Tout va pour le mieux pour M. Roland et sa famille. Ancien bijoutier parisien, il vient de déménager au Havre, par amour de la mer, avec sa femme et ses deux fils. Pierre, l’aîné est médecin et Jean, le cadet est avocat. Tous les deux sont promis à un bel avenir quand ils décident de s’installer dans la nouvelle résidence familiale. En mourant M. Maréchal, un ami de la famille, lègue à Jean une somme d’argent. Cet héritage va exacerber la rivalité fraternelle et faire ressurgir les secrets les mieux gardés.

Un style incisif pour une histoire singulière
Rester fidèle au style incisif du texte d’origine est sans doute une des principales difficultés, dans une adaptation de Maupassant. Vica Zagreba conserve le côté percutant du roman en multipliant les scènes courtes qui donnent une grande liberté au jeu des acteurs tout en respectant les enjeux précis de cette histoire de rivalité fraternelle.

Le jeu des acteurs et les situations inventent l’espace scénique s’invente eu fur et à mesure. Une scénographie et un décor astucieux nous transportent dans des lieux multiples en utilisant un minimum d’accessoires : du salon des Roland à un cabaret, du port à la cabine d’un paquebot. Nous passons, le temps d’un changement de lumière, de l’intérieur à l’extérieur, du chœur à des duos ou des solos d’acteurs.

La maîtrise de la mise en scène tient aussi beaucoup à un choix d’acteurs qui ont l’habitude de jouer ensemble. En dehors du narrateur qui agit en tant que fil rouge du récit, les autres rôles sont distribués selon le principe des binômes opposés. Avec une extrême virtuosité et un certain raffinement. Sébastien Rajon joue ce rôle de maître de cérémonie charismatique (et deux autres rôles) qui, à la façon d’un chef d’orchestre, fait le lien entre le passé et le présent, entre la scène et la salle, entre le récit et l’action. Au blond Régis Bocquet (Jean) à la fois lumineux et plus ou moins manipulateur, est opposé le brun Nicolas Martzel incarnant un Pierre sombre et torturé.

Le jeu puissant et sous contrôle de Franka Hoareau (Madame Roland) fait ressortir, la naïveté et la spontanéité des deux autres personnages féminins joués par Laure Portier. Au centre du quatuor, M. Roland a pour partenaire un mort, son ami Maréchal. C’est Vahid Abay qui prête au personnage sa solidité et lui donne son côté bon vivant et grande gueule. Malgré une fin un peu rapide, chaque moment contient l’ensemble d’une pièce dans laquelle la forme finit par servir le fond. Inventive et dépouillée, élégante et précise, la mise en scène de Vica Zagreba respecte la fable d’origine, mais l’ouvre à une écriture scénographique poétique et sans fioritures, qui sculpte autrement, avec le corps des acteurs, la matière littéraire du récit.

[note_box]Pierre et Jean
De Guy de MAUPASSANT
Adaptation et Mise en scène : Vica ZAGREBA
Scénographie : Alice GERVAISE
Lumière : Jérémy RIOU
Avec Vahid ABAY, Nicolas MARTZEL (en alternance avec Guillaume BIENVENU), Régis BOCQUET, Franka HOAREAU, Laure PORTIER, Sébastien RAJON.
Crédit photo : Fabrice Dimier[/note_box]

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