Théâtrorama

C’est à 26 ans que Musset écrit « On ne badine pas avec l’amour » classant son jeune auteur parmi les grands écrivains romantiques du XIX° siècle. Très infuencé par Shakespeare, Musset mélange les genres : grotesque et clowneries, intrigue amoureuse, drame, critique sociale, naïveté et cynisme. Suivant ce fil conducteur et mélangeant les genres à son tour, Christophe Thiry en fait une mise en scène qui joue sur la choralité pour mieux faire ressortir les individualités.

Perdican revient dans sa famille après avoir suivi de brillantes études. Il a 21 ans et il y retrouve sa cousine et amour d’enfance, Camille, 18 ans, également de retour après plusieurs années passées au couvent. Les parents veulent les voir mariés mais Camille va compliquer l’union en remettant en question l’amour, la fidélité et les liens sacrés du mariage.
Le jeu du chat et de la souris mené à son paroxysme se révèle souvent dramatique pour les âmes naïves et sincères ; la comédie vire alors au drame…

Un jeu entre le désir et le refus d’aimer
Dans un décor épuré, où les accessoires se réduisent à quelques tabourets déplacés au gré de l’action, les comédiens n’ont pour toute « sécurité » que le mouvement du texte et l’action intérieure. Les lieux changent à chaque acte, surgissent des déplacements et se construisent à partir du corps même des comédiens. Présents sur le plateau du début à la fin de la pièce, ils deviennent tout à tour fontaine, place du village, arcade d’un château, dessinant toute une architecture dont les murs, au sens propre, ont des oreilles. Les amours de Camille et Perdican, leurs atermoiements se vivent sous les yeux d’une communauté qui épie, commente, sans en avoir l’air, les différentes étapes de leur relation amoureuse. Dans ce mouvement d’ensemble, Perdican (Sébastien Ehlinger) et Camille (Anna Sorin) se courent après, se perdent, se retrouvent.

De ce choeur de personnages représentant le village, surgissent les héros d’une histoire construite au fur et à mesure en fonction d’actions ou de pensées qui s’entrechoquent, changent de direction et oscillent entre le désir et le refus, portées par un mouvement surgissant du langage lui-même.

Malgré sa jeunesse au moment de l’écriture de cette pièce, peut-être d’une façon intuitive, Musset avait compris que  » tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées (…) mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. »

La mise en scène de Christophe Thiry se risque à réinventer le badinage amoureux, quitte parfois à figer le mouvement et la spontanéité du jeu par une recherche esthétique jouant sur la séduction à l’égard du public. Pourtant, il y a de bien jolis moments de grâce et du plaisir à redécouvrir ce texte de Musset qui parle de jeunesse, d’inconstance et de désordre amoureux.

On ne badine pas avec l’amour
D’ Alfred de Musset
Mise en scène : Christophe Thiry
Avec Francis Bolela, Stanislas de la Tousche, Lucile Durant Sébastien Ehlinger Marion Guy, Pierre Marzin, Koso Morina, Anna Sorin
Crédit photo:Bernard-Michel Palazon
Jusqu’au Dimanche 1er Février 2015
Du mardi au samedi à 21 h 30, Dimanche à 17 h au Théâtre du Lucernaire
Durée : 1h 15

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