Théâtrorama

Cesare Capitani s’empare avec grâce et frénésie de la vie du Caravage et livre un spectacle d’une renversante beauté. Le splendide travail effectué sur les lumières fait revivre sous nos yeux le père du clair obscur. Un voyage intense dans les tréfonds de la création artistique.

On n’échappe pas à son physique. Celui de Cesare Capitani le destine à ne jamais passer inaperçu quoi qu’il entreprenne. Lorsqu’il surgit sur la scène, tignasse brune et teint hâlé, œil brillant et regard profond, il ne lui faut pas longtemps pour aimanter son auditoire. Le léger accent transalpin qui persille son jeu n’est pas étranger à cette force d’attraction. En quelques secondes, il est Caravage, le maître du clair obscur qui révolutionna la peinture au XVIe siècle.

A la base, un ouvrage, « La course à l’abîme » de Dominique Fernandez, grand spécialiste de l’Italie. Un roman pour être plus exact avec tout ce que cela induit dans les audaces –et elles sont nombreuses – que peut s’autoriser l’auteur qui ne se fait ni biographe ni historien. Le parti pris de Fernandez va jouer d’esthétisme en montrant, à travers les errances, les emportements, la fougue de son personnage, comment le Caravage a fait de sa vie une œuvre d’art.

Emboitant le pas du romancier, Cesare Capitani va puiser dans l’œuvre de Fernandez tout ce qui se pare de cette interpénétration de l’homme et du peintre Caravage. L’effort va se concentrer sur le jeu et bien sûr les lumières, tous deux fortement empreint d’une binarité.

Sur scène, ils seront deux. Capitani est en effet accompagné de Laetitia Favart, qui ponctue les propos de son partenaire en chantant du Monteverdi et interprétant quelques personnages ayant côtoyé le maître. Ces interventions qui renforcent l’ancrage du spectacle au cœur de l’Italie médiévale, portent Capitani vers les beautés de l’art comme l’art a sorti de la rue Caravagio lorsqu’il jouait plus des poings que du pinceau.

Quand la binarité devient dualité
Sa vie durant, le peinte va se confronter à des binarités qui se transforment en dualités que font ressortir le texte. « Je veux du bruit dans mes tableaux », la condamnation pour impiété alors qu’on lui commande des œuvres religieuses, sa vie amoureuse qui ne serait guère « évangelisable » même encore aujourd’hui, jusqu’à son patronyme qui le mit d’entrée de jeu en concurrence avec l’autre Michelangelo et l’obligea à prendre un pseudo. A ces confrontations des opposés s’ajoute bien sûr le trait pictural qui aura permis à Caravage de figurer parmi les peintres d’exception, le célèbre clair-obscur.

Cette composante essentielle est ici soulignée par des lumières particulièrement réussies qui, entre projecteurs et bougies, créent une métamorphose saisissante du comédien et des situations débouchant sur de véritables tableaux. Tableaux vivants comme le bruit, celui-là même que l’artiste revendiquait dans son travail. A sa mort (par meurtre) son corps n’a jamais été retrouvé. Ultime pied de nez de cet apologue du désordre, de l’inconnu qui faisait fi de tout ce qui n’était pas son œuvre.

[note_box]Moi, Caravage
De Cesare Capitani
D’après le roman « La course à l’abîme » de Dominique Fernandez (éd. Grasset)
Mise en scène : Stanislas Grassian
Direction d’acteurs : Nita Klein
Avec Cesare Capitani et Laetitia Favart
Crédit photo: B. Cruveiller[/note_box]

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