Théâtrorama

Au départ il y a bien sûr Shakespeare, plus précisément Macbeth et puis ensuite deux amoureux de Shakespeare, Dan Jemmett, metteur en scène, et David Ayala, acteur qui créent en 2014 « Macbeth (the notes) », une performance théâtrale qui raconte le processus complexe de la mise en œuvre d’une pièce de théâtre tout en rendant un magnifique hommage au génie shakespearien.

Pas de portes, pas de fenêtres, pas d”accessoires. Sur la scène vide, une chaise et une table en bois sur laquelle trône un cahier fatigué à force de manipulations, une bouteille d’eau et dans le fond un rideau noir. Sur le plateau vide, un metteur en scène s’adresse à ses acteurs et techniciens la veille de la première de « Macbeth ». Arpentant la scène à grandes enjambées, face à un public qui joue le rôle de l’équipe (silencieuse et tout ouïe) d’acteurs, David Ayala râle, engueule, questionne, félicite, encourage en rejouant et en interprétant certains personnages et des passages de la pièce en guise d’explications.   

Un spectacle entre réalité, onirisme et humour décapant

David Ayala mange l’espace, l’occupe de tout son corps et sa voix. Il accable Claire son assistante, d’informations, crie au génie de Rainer, son créateur vidéo, fustige ou encense Jean- Marc, l’acteur principal, issu de téléfilms, et qui joue le rôle titre. Passant de la parole en ébullition du metteur en scène perdu dans ses notes, à l’acteur qui, dans le halo d’un projecteur, interprète le texte de Shakespeare, David Ayala enchaîne les personnages avec une totale jubilation. Il passe du personnage inquiet d’un metteur en scène, empêtré dans ses explications, au jeu habité du comédien qui incarne certains personnages monstrueux de « Macbeth ». 

Dans une direction d’acteurs précise, abolissant le quatrième mur en transformant le public en acteurs silencieux, la mise en scène de Dan Jemmett joue sur l’imaginaire. Il s’attache sans fioritures, uniquement à cet échange entre les supposés acteurs, l’équipe technique et le metteur en scène et le passage à la représentation. Ayala passe ainsi de la vulnérabilité du personnage conscient de l’urgence à la veille du spectacle à la réalité d’une monstruosité hors du commun dans une pièce éternelle et réputée maléfique. Au-delà de la fable imaginée par les deux auteurs, la pièce nous emporte dans une sorte de « voyage chaotique dans le cerveau de l’artiste créateur », obsédé par les différentes directions que proposent les grandes oeuvres de Shakespeare, affirmant aux acteurs que l’interprétation de leur personnage leur appartient. 

Macbeth rend compte des turpitudes de l’âme humaine à travers l’imagination délirante de son auteur qui disait qu’il avait écrit « un récit plein de bruit et de fureur, raconté par un idiot et qui ne signifie rien ». En dépit des tentatives d’explications des deux adaptateurs, les questions restent intactes. Comment se débarrasser des inquiétudes et des doutes qui habitent toute création ? Comment être juste dans ses interprétations ?Quelles indications de jeu donner aux acteurs ? 

Explosif, effrayant, très drôle et touchant tout à la fois, David Ayala entremêle les improvisations et le texte de Macbeth, nous entraîne dans l’envers du décor, sans parvenir à répondre toutefois à ces questions. Une fois le rideau tombé et les artistes partis, ne restent finalement que les fantômes parfois monstrueux d’ un théâtre qui doute. 

  • Macbeth (the notes)
  • D’après William Shakespeare
  • Écriture et adaptation : Dan Jemmett & David Ayala
  • Avec David Ayala
  • Mise en scène : Dan Jemmett
  • Traduction : Jean-Michel Déprats
  • Collaboration artistique : Juliette Mouchonnat et Thierry Canivenq
  • Durée : 1h 30
  • Crédit photo : Patrick Berger / ArtComArt
  • Jusqu’au 13 Octobre – Du mardi au samedi à 19 h -Dimanche à 16 h – au Théâtre du Lucernaire

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