Théâtrorama

Philippe Honoré signe un subtil portrait du plus célèbre dandy britannique du XIXème siècle que met en scène avec beaucoup d’ingéniosité Philippe Person. L’interprétation s’avère moins convaincante, moins à cause de la qualité de jeu que d’un choix de casting.

Oscar Wilde était-il aussi génial que son ego voulait bien le claironner ? N’était-ce chez lui que pure provocation ou simple propension au jeu que de s’élever au-dessus des foules, fussent-elles prêtes à le crucifier ou à l’aduler ? La complexité du personnage ne laisse toutefois aucun doute sur son aversion pour la laideur. Esthète par nécessité, aphoriste par nature, cet apologue du beau aura payé cher son avant-gardisme et son art cloué au pilori par l’establishment.

Philippe Honoré dessine un portrait tout en finesse du dandy britannique mort en 1900 et réhabilité seulement 95 ans plus tard. Persillant son texte de plusieurs extraits de son œuvre, il parvient à composer un véritable spectacle biographique, échappant ainsi à ce risque de « l’effet catalogue ». Ainsi se côtoient quelques célèbres aphorismes, des morceaux de « Salomé », « L’importance d’être constant », «Dorian Gray » et « De Profundis » permettant de reconstituer le portrait de ce personnage complexe.

Une élégante mise en scène
La mise en scène que propose Philippe Person ne manque pas d’élégance. Dans un décor très cosy, surplombé d’un tableau constellé de portraits de stars homosexuelles (on reconnaît notamment Cary Grant, Visconti, Rimbaud ou encore Julie Andrews dans le cultissime « Victor Victoria ») trois comédiens. Deux hommes et une femme. L’excellente idée, l’homme étant une femme comme les autres, n’est-ce pas ? Tous incarnent une galerie de personnages dont Wilde, bien sûr. Chacun susurre à l’oreille des spectateurs entrant dans la salle un aphorisme en guise de mise en bouche. La suite épouse de manière incisive l’excentricité du personnage, sa multiplicité artistique et surtout sa folle imprévisibilité. Construite en une douzaine de tableaux, sans idée de chronologie, la mise en scène de Person rend bien compte, tout en sortant du carcan de la biographie théâtrale au sens canonique du terme, de cette marginalité qui habitait Wilde et qu’il paya si cher.

Un bémol toutefois persiste dans ce spectacle : les comédiens. Ce n’est pas tant leur prestation scénique (qui est correcte sans être toutefois exceptionnelle) que leur personnalité, leur physionomie qui détonnent avec le modèle incarné. On a quand même un peu de mal à imaginer Wilde sous les traits de ces deux comédiens. Du coup, la distanciation induite par la féminité d’Anne Priol rend presque plus crédible l’identification. Mais c’est surtout lorsqu’il lui est question d’incarner Bosie, le fringuant éphèbe, modèle de beauté brute dont Wilde sera tombé dingue amoureux qu’Emmanuel Barrouyer manque un peu de jeunesse.

[note_box]L’importance d’être Oscar Wilde
De Philippe Honoré
Avec des extraits de « Salomé », « De Profundis », « Le Portrait de Dorian Gray », « L’importance d’être Constant »
Mise en scène : Philippe Person
Avec Anne Priol, Emmanuel Barrouyer, Pascal Thoreau
Décor : Vincent Blot
Lumières : Alexandre Dujardin
Costumes : Anne Priol
Photo : Jean-Claude Grouard[/note_box]

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