Théâtrorama

 » Tribulation : tourment moral souvent considéré comme une épreuve ». De la tribulatio au tripallium, instrument de torture qui a donné en français le mot travail, pour Ana le pas n’est pas difficile à franchir. À 30 ans, titulaire d’un DEA, elle se retrouve caissière dans un hypermarché avec pour formation de base dans ce métier, le SBAM, comprenez  » Sourire, Bonjour, Au revoir, Merci ».

Vica Zagreba qui l’interprète et Sébastien Rajon qui en signe la mise en scène ont librement adapté la pièce du récit d’Anna Sam, « Les tribulations d’une caissière » mis en ligne d’abord sous la forme d’un blog, puis publié en 2008, avec un immense succès, aux éditions Stock. Ce qui valut à son auteure le titre d’égérie des caissières.

Tour à tour sautillante, drôle, avec un sens aigu de l’observation et en tous les cas très pédagogue et ne gardant pas la langue dans sa poche, Ana transforme l’hypermarché en terrain de jeu avec ses règles bien établies. C’est le lieu où s’exerce le minimum d’échange social, la plupart du temps dans l’anonymat le plus total, avec dans le rôle principal et subissant les humeurs diverses et variées de la clientèle, la caissière.

Ana, égérie des caissières
Le regard d’Ana va au-delà de la monotonie des gestes répétitifs, transformant chaque micro- événement en une saga qui réunit en une même journée les épreuves de Sisyphe qui roule son rocher, le tonneau des Danaïdes qui ne parvient pas à se remplir et les douze travaux d’Hercule. Femme -tronc arrimée à sa caisse, Ana soulève des tonnes de marchandises en une seule journée, franchit des kilomètres pour, en 17 minutes, fumer une cigarette, passer aux toilettes, tenter de se détendre tout en prenant son repas…

La vie d’Ana ressemble à un marathon permanent où la ligne d’arrivée n’a pas de lieu fixe. Sans démonstration, avec un regard incisif qui ne laisse rien passer, tout est dit : les petits chefs, l’arrogance et l’indifférence de la clientèle, les journées interminables…Seul l’humour corrosif d’Ana lui permet de se hisser au-dessus de l’épreuve et de nous renvoyer à nos passivités et nos mépris agressifs.

Vica Zagreba et Sébastien Rajon dans leurs pièces précédentes nous ont habitué à cette finesse d’analyse qui pousse chaque situation à son paroxysme. Ils font d’Ana une sorte de Professeur Rollin en jupon qui, avec un bon sens évident, transforme la femme simple, le témoin amusé du cirque qui l’entoure en docteur socio-psycho-anthropologue aux raisonnements parfois absurdes.

Derrière sa caisse, personnage transparent et interchangeable dans la réalité, la caissière devient ici le miroir facétieux de nos égoïsmes dans lequel se reflète la comédie du monde, en miniature. Le spectacle sans prétention est drôle, plein de tendresse et d’une inventivité qui gomme la trivialité du quotidien, pour offir des échappées vers l’imaginaire. Comme une loupe grossissante, il nous renvoie à nos comportements, à la sauvagerie d’un petit monde bien réglé où les choses que nous consommons sont devenues plus précieuses que les personnes qui nous les vendent.

Les tribulations d’Ana
Librement inspiré de l’ouvrage d’Anna Sam
« Les tribulations d’une caissière » (Ed.Stock)
Adaptation : Vica Zagreba et Sébastien Rajon
Mise en scène : Sébastien Rajon
Interprétation : Vica Zagreba
Durée : 1 h 15

Du 26 Novembre 2014 au 24 Janvier 2015 au Théâtre du Lucernaire

 

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