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Les Fourberies de Scapin au Lucernaire

Emmanuel Besnault renouvelle Les Fourberies de Scapin
Les Fourberies de Scapin
– Oui, bien sûr tout le monde connaît le sujet des « Fourberies de Scapin » avec ses scènes emblématiques : la scène du sac, la galère, les coups de bâton…Mais on ne va pas se priver pour autant d’une pièce si drôle que la mise en scène enlevée et hilarante d’Emmanuel Besnault renouvelle, dépoussière et ouvre vers de nouvelles directions. Récemment sorti du Conservatoire National et à peine âgé de 25 ans, c’est déjà un metteur en scène chevronné qui a réalisé ses premières mises en scène avant l’âge 20 ans. Ici il affirme son talent, son sens de la dramaturgie et de la scénographie.

Rappel de la fable en deux mots : Octave et Léandre souhaitent se marier en faisant fi des désirs de leurs pères respectifs Argante et Géronte, les ruses du valet Scapin vont les aider à parvenir à leurs fins…

Un vrai moment de théâtre classique qui ne ronronne pas !

Toute la dramaturgie d’Emmanuel Besnault se resserre autour des duos : deux fils, deux pères, deux valets, deux jeunes filles et leur domestique. En réduisant la distribution à cinq comédiens, il renforce les enjeux de la pièce et tire l’action vers d’autres interprétations en miroir : les mêmes comédiens jouent les pères et les fils, les jeunes filles et la servante sont jouées par une seule comédienne alors que Silvestre (Benoît Gruel), le valet d’Octave, joue le faire valoir de Scapin. Car il est bien évident qu’il ne peut y avoir qu’un seul Scapin !

Geoffrey Rouge-Carrassat, souple comme une liane, la silhouette élégante, joue un Scapin d’une rouerie rarement égalée. Il écoute aux portes, observe chaque chose sans être vu. Se déplaçant comme un chat, la plupart du temps en arrière plan de l’action, en bordure de plateau, il surgit tout à coup au centre de l’action, à un moment où on ne l’attend pas.
Emmanuel Besnault renouvelle Les Fourberies de Scapin

Les Fourberies de Scapin, chants et danses

Emmanuel Besnault initie un travail de troupe joyeux, musical et d’une précision diabolique. Sur un plateau, accidenté, mouvant et minuscule, les acteurs évoluent, dans une mise en danger permanente. Loin de la psychologie des personnages vers laquelle on tire souvent le théâtre classique, ils virevoltent, chantent et dansent, offrant au texte de Molière d’autres façons de le dire, au travers d’un jeu précis et rigoureux, basé sur la comedia dell’arte .

Ridiculisés, battus et roulés dans la farine, Manuel Le Velly (Argante / Octave) et Schemci Lauth (Géronte/ Léandre) passent avec une virtuosité déconcertante d’un rôle à l’autre. Collés au sol, physiquement malmenés lorsqu’ils jouent les pères, ils s’envolent, sautent et rebondissent en interprétant les fils, affirmant la rage de vivre et l’imagination d’une jeunesse triomphante par opposition à la rigidité physique et morale des pères vieillissants. Loin de jouer les potiches amoureuses, Zerbinette et Hyacinthe (Deniz Turkmen) suivent cette bande de joyeux drilles et ne sont pas en reste dans la rouerie et la moquerie. Si Scapin reste le point focal et l’inventeur de ces duperies, il en est surtout le maillon le plus fort, une sorte de chef de bande plus malin que les autres. Au-delà de la direction d’acteurs, Besnault est aussi scénographe et il sait tirer parti de chaque centimètre carré de la scène minuscule.

Emmanuel Besnault renouvelle Les Fourberies de Scapin

Son décor relève surtout de la machine à jouer. Il se replie, se referme, s’ouvre et se déplace révélant en un clin d’œil une plage, le seuil d’une maison bourgeoise, des remparts et même un castelet derrière lequel, en fin de pièce, évoluent les personnages. Besnault emmène aussi la pièce vers la poésie et l’onirique et joue la surprise en incluant les spectateurs dans la mise en espace des scènes les plus attendues comme celle des coups de bâton.

Ce soir-là, la salle du Théâtre Rouge du Lucernaire affichait complet. Les spectateurs avaient de 10 à 90 ans et riaient ensemble unis par le même plaisir. Décidément Besnault et sa troupe de L’Éternel Été – quel joli nom ! – ont bien du talent ! En dignes descendants de M. Poquelin, dit Molière, ils signent là un théâtre populaire revigoré où la virtuosité se dispute à l’énergie et à l’imagination.

Les Fourberies de Scapin
De Molière
Mise en scène & scénographie : Emmanuel Besnault
Avec Benoit Gruel, Schemci Lauth , Geoffrey Rouge-Carrassat, Deniz Turkmen, Manuel Le Velly
Lumières : Cyril Manetta
Musique : Manuel Le Velly
Durée : 1 h 10
Crédit photos : Cie L’éternel été

Jusqu’au 19 Mars, du mardi au samedi à 20 h – dimanche à 18 h, au Théâtre du Lucernaire

 

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