Théâtrorama

Victoire Coschmick a l’âge de ses voyages et les tenues plissées de ses odyssées. Enfant rose à la question aussi intarissable que la réponse est féconde, femme rouge à la matière grise débordante, puis soldat bleu défilant tambour du cœur battant à la recherche du faciès désolé d’une humanité « à cran ». La voici emporte-piécée dans un espace-temps improvisé, boule-trotteuse engluée sur sa cervelle, qu’elle a particulièrement affûtée.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Victoire Coschmick est du genre prolixe. Acrobate de siècle en siècle, elle visite langue pendante et œil écarquillé ces autres temps qui ô, ont la très riche idée de ne mourir jamais. Et le plus que l’on puisse penser, c’est que Victoire Coschmick, en apis qui pique urbi et surtout orbi, trimballe ses friands et ronds ailerons à la surface d’un univers qui n’a pas fini de regorger de mystères. Dans un cycle coschmique continu, elle zieute partout où les « projets suspendus » méritent que l’on s’y attarde, et que l’on y revienne.

À décoiffer Diderot au poteau, la géniale encyclopédiste compte à son actif très précisément 887 tomes d’une somme qu’il conviendra de déchiffrer outre-tombe, de celles qui révèlent l’inutilité des objets utiles et l’utilité des savoirs inutiles. Elle bourlingue dans une préhistoire existentielle et lexicale, réchauffe l’habilis, relève l’erectus et réveille le néandertalien, sert du thé bergamoté à Napoléon, rebranche la machine à laver de Galilée et remet Jean-Sébastien Bach dans les bacs. Et quand son continuum déraille, Victoire se retrouve dans un trou, à jouer la star d’une émission aux ondes radiophoniques aussi embrouillées que les fils chronologiques. Au générique du quatre-vingt-treizième jeudi de retransmission, ses mimines s’agitent en même temps que ses zygomatiques.

« La planète est foutue, et vous ? »
Spéléo-lexicologue à ses heures retrouvées, Victoire Coschmick vogue de seuil en seuil, sans jamais claquer une seule porte. Au cours de toutes ses pérégrinations, elle a appris à disséquer les sciences d’un monde d’avant le monde, quand le désert ne gobait pas encore et que les anguilles folâtraient sous les roches. Puits de savoirs plein à craquer, elle croque toutes les semaines les fruits de la connaissance au micro d’une station désorbitée. De l’autre côté de l’émetteur, le journaliste Robert André Robert l’interroge entre deux coupures musicales et trois zones spatio-atemporelles. Entre autres questions pré-existentielles : « Quand l’homme sera-t-il féminin ? », « L’univers se serait-il ennuyé sans nous ? » ou encore : « La planète est foutue, et vous ? »

Elle se confie alors sur les platitudes d’un millénaire qui ne s’envoyait pas encore en l’air, affirme avoir pratiqué le troc antédiluvien, assisté aux clacs et aux déclics des premiers coups de foudre et baisers sur terre, résolu les énigmes des salutations, s’être frottée aux malheureux hasards des bugs postaux et avoir buté sur l’excédent des majeures et des mineures qui ont poussé les hommes à se repousser. Parce que rien de ce qui est humain ne lui est étranger, Victoire aime actionner les manettes d’un tohubohu en perpétuelle évolution, son univers, le nôtre.

La Victoire de Clémentine Yelnik virevolte ainsi de fréquences en fréquences avec un humour désopilant et une dextérité sémantique épiphanique. Mais si elle se pose des questions, c’est moins pour atteindre le Graal que pour avaler les pierres d’un chemin commun : « Éblouie par le génie de l’homme, consternée par sa brutalité infatigable, je décide d’écrire en théâtre des bribes de mon regard sur Lui, cet animal pensant qui habite la terre, et dont je fais partie. » Entre autres talents, Clémentine Yelnik pourrait avoir ceux d’une alchimiste, reliant les hommes à leurs formules, transformant les historiettes en légendes.

D’où va-t-on ?
Texte et mise en scène de Clémentine Yelnik
Avec Clémentine Yelnik et Pierre Carles (voix enregistrée)
Co-metteuse en scène : Clélia Pires
Création lumière : Lucile Garric
Composition musicale : Hugues Tabar-Nouval
Coproduction Play-t-il / Compagnie RL
Au Lucernaire du 21 janvier au 28 février 2015

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Pin It on Pinterest

Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !