Théâtrorama

En choisissant d’évoquer l’œuvre de Tchekhov par un assemblage de certaines de ses œuvres, Sarah Gabrielle s’expose à certaines foudres dont elle a parfaitement conscience. Sa direction d’acteurs et son sens de la créativité ne peuvent en revanche que faire l’unanimité.

Le texte du « Chant du Cygne » tient sur quelques pages à peine. Vingt-cinq minutes sur une scène… Pas vraiment de quoi monter un spectacle, même pour enfants. Le propos : un comédien, Svetlovidov, au crépuscule de son existence, se souvient de ses rôles et en discute avec l’homme à tout faire d’un théâtre, lui aussi âgé. Et il rejoue, le temps d’une scène, les grands auteurs qui ont accompagné son parcours : Pouchkine, Shakespeare, Griboïedov.

Sarah Gabrielle a choisi de faire disparaître tout ce qui n’est pas de Tchekhov dans ce propos pour en proposer une version plus tchékhovienne encore. En lieu et place de « Boris Godounov », « Hamlet » et « Le Roi Lear », elle injecte des extraits de « La Mouette », « Ivanov », « Platonov » et deux autres pièces moins connues du dramaturge russe. Pour interpréter ces extraits, elle fait appel à d’autres comédiens et, par flashbacks itératifs, fait se souvenir Svetlovidov.

Des comédiens admirables
Le procédé est aussi louable que gonflé. Et risque, par conséquent, de diviser. Car Tchekhov ainsi découpé est-il ici outragé ou sublimé ? Un peu des deux, serait-on tenté de dire. Si la metteur en scène porte son projet avec infiniment de passion, d’intelligence et d’honnêteté, son travail n’en demeure pas moins un peu fourre-tout, loin de ce qu’on l’imagine capable de faire sur une pièce complète de Tchékhov.

Frustration donc, même si le spectacle réserve de très bons moments, à commencer par une version poussant jusque dans les plus extrêmes retranchements du loufoque le tête-à-tête entre la veuve Elena Popova et son créancier Grigory Smirnov de « L’Ours ». Cet épisode, hilarant en diable, fait souffler un salvateur vent de folie sur le spectacle tout en rappelant la charge humoristique qui baigne (parfois de manière diffuse) l’œuvre de Tchékhov. Du coup, les moments plus dramatiques qui précèdent et suivent peinent à convaincre, car beaucoup plus classiques et moins inattendus, malgré une qualité d’interprétation irréprochable. La phénoménale puissance de jeu de ces quatre comédiens, admirablement dirigés et aux gestes d’une précision métronomique constituent sans coup férir la très belle surprise de ce spectacle. Ils méritent le déplacement.

[note_box]Le Chant du cygne
Texte original : Anton Tchekhov
Texte français et mise en scène : Sarah Gabriel
Citations empruntées à : Aragon, Hélène Cixous, Xavier Maurel
Avec Anthony Audoux, Nicolas Chupin, Marie Frémont, Sarah Gabrielle, Serge Noël, Aurélien Tourte
Scénographie : Camille Ansquer
Costumes : Alice Touvet
Créations lumières : Eric Pelladeau
Création son : Yann Galerne
Assistanat mise en scène : Sandrine Gauvin
Illustration : peinture de Pierre Laffillé[/note_box]

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