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Le Cancre, de Daniel Pennac

Le cancre ©Guy Chapelier De l’incompréhension comme moteur de recherche…  » Le cancre est de ceux dont les leçons apprises le soir ne se réveillaient jamais le matin« 

Dans sa bouche, « je ne comprends pas » revient comme un leitmotiv. Vêtu d’une culotte courte, le cartable sur le dos, un sourire au bord de la tristesse que démentent des yeux rieurs, Bernard Crombey nous raconte ce pays d’où l’on revient toujours blessé, même après l’avoir traversé. Le pays des cancres commence à l’école  » un club fermé à double tour (…) et [dans lequel on] finit par se faire une raison de sa solitude, installé dans sa cancrerie« .

En adaptant Chagrin d’école et Comme un roman, deux œuvres majeures de Daniel Pennac, Bernard Crombey qui interprète et met en scène le texte, prolonge la parole de l’auteur, rendant hommage à ces pauvres gosses, qui, bien que décidés à bien faire, restent démunis face à l’apprentissage des savoirs. Daniel Pennac a fondé toute son œuvre de romancier, de la saga Malaussène à ses derniers romans, à transcrire en essayant de les comprendre, le questionnement des enfants face au monde qui les entoure. Parmi tous ces héros du mal-être, le cancre est sans doute le plus incompris. Il « dévale, nous dit-il, sur son toboggan à la recherche de celui qui voudra bien accepter de comprendre sa différence« .

Le cancre : naufragé sauvé par les livres

Le cancre ©Guy Chapelier Pour Daniel Pennac, les livres furent la bouée qui le sauvera du naufrage, de la solitude et des chagrins. La sortie du purgatoire aura le visage d’un professeur qui, in extremis, le sortira de l’ornière en lui proposant d’écrire un roman plutôt qu’une banale rédaction en classe de français. Ce sauvetage réussi a permis à Pennac de comprendre aussi qu’être cancre n’a rien d’une maladie génétique, mais que c’est le résultat d’une incompréhension éducative. Mais comment devenir un bon professeur lorsque l’on a été un cancre au doute ravageur ? Fort de son expérience, Pennac devenu professeur, puis écrivain à part entière, se souvient qu’un adolescent installé dans la conviction de sa nullité est une proie [et que] l’ogre de la délinquance le guette au coin de la rue » et il s’efforcera à son tour de les écouter.

Pennac et Crombey, frère en cancrerie de l’auteur, étaient faits pour se rencontrer. Deux anciens cancres qui ont fini par trouver le chemin et détricoter les pourquoi de leurs difficultés. L’un par l’écriture et l’autre par le jeu, ils racontent d’une même voix les déboires de leurs condisciples d’hier et d’aujourd’hui. Les chagrins glissent sur les rires et les rires sur les chagrins. Les barrières tombent et l’humour se déverse à chaque réplique. Tous les deux savent que ce que l’on appelle la cancrerie n’a rien de définitif et surtout « qu’un cancre sauvé est juste une hirondelle à ranimer« . Bernard Crombey donne un corps aux mots de Pennac et les incarne dans une lumière sobre et intime, sur un plateau nu, juste habillé de quelques chaises qui, à elles seules, représentent l’école dans toute sa rigidité. Tout en retenue, en dépit d’une certaine linéarité dans la mise en scène et le jeu, il sait se montrer convaincant pour nous conduire dans le labyrinthe de ce récit théâtral plein de tendresse et d’humour.

Le Cancre
D’après Chagrin d’école et Comme un roman
De Daniel Pennac
Interprétation & Mise en scène : Bernard Crombey
Collaboration artistique : Catherine maignan
Lumières / scènographie : Yves Collet
Son : Michel Winogradoff
Vidéaste : Matthieu Mullot
Vidéo-musique : Jules Poucet
Durée : 1 h 15
À partir du 30 mars au Théâtre Lucernaire du mardi au samedi à 21 h

Dates de tournée à venir
Festival d’Avignon 2016

Crédit photo: Guy Chapelier

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