Théâtrorama

Un an après sa formidable performance chez Tchekhov, Marie Frémont retrouve le Lucernaire dans la peau de la Pénélope d’Homère. L’œuvre pilier de la littérature occidentale est ici déclinée dans une version moderne, entre tragédie et comédie burlesque. Un mélange savamment orchestré qui donne un très bon spectacle à la fois pédagogique et accessible.

Le décor, exceptées les contraintes budgétaires liées à son élaboration, a quelque chose de profondément ludique. Coloré comme la salle de jeu d’un jardin d’enfant, il représente quelques colonnes sur fond bleu azur laissant supposer une certaine hellénisation de l’intrigue. Nous sommes en effet sur l’île grecque d’Ithaque et Pénélope attend le retour de son Ulysse. Alors qu’elle se lamente, Homère surgit en chair et en os et nous fait revivre l’existence de son héroïne.

Il faut une sacrée dose d’audace pour, non seulement s’attaquer à l’œuvre phare de la littérature occidentale, mais surtout l’aborder par un prisme aussi radical de modernisation et de détournement. Le tout, en conservant bien sûr la trame originelle sans jamais la trahir. Les auteurs se sont simplement livrés à un exercice de réhabilitation du personnage féminin, que les exploits d’Ulysse ont quelque peu remisé en arrière-plan. Avec une écriture incisive, riche en jeux de mots et allitérations, un tantinet irrévérencieuse et saupoudrée de quelques anachronismes assez délirants, le texte est à lui seul un vrai bonheur.

De Tchekhov à Homère
Sur scène, nous retrouvons Marie Frémont, qui l’an passé, déjà au Lucernaire, avait transcendé de son énorme potentiel de jeu, la pièce « Le chant du cygne » d’après Tchekhov. Parfaitement à l’aise dans tous les registres, elle campe une remarquable Pénélope, ce parangon de fidélité, du berceau au retour de son Ulysse. Bébé, ado rebelle ou femme fidèle jouant des aiguilles à tricoter pour oublier celles de l’horloge, elle réalise un sans faute absolu. Son partenaire Laurent Montel, qui lui laisse le beau rôle, est également très bon en Homère des temps modernes. Aussi drôle qu’émouvante, et dotée d’un vrai potentiel pédagogique, cette odyssée théâtrale qui prend le parti de l’intime et de la dérision en évitant tout écueil féministe s’avère d’une revigorante fraicheur. Il y a beaucoup d’intelligence dans ce théâtre-là…

[note_box]La Dame d’Ithaque
De David Pharao et Isabelle Pirot
Mise en scène : David Pharao
Avec : Marie Frémont et Laurent Montel
Décor : Thierry Good
Lumières : Marie-Hélène Pinon
Crédit photo : Stanislas Liban [/note_box]

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