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« C’est moi Kiki. En fait mon vrai nom c’est Prin. Alice Prin. Mais ici, pour tout le quartier, je suis Kiki, Kiki de Montparnasse. »

Montparnasse, Années 20. Un atelier de peintre, une femme enfile ses bas… Elle se souvient… Avec sa gouaille, sa coiffure au carré et ses accroche-cœurs, Héloïse Wagner est Kiki. Avec une effronterie naïve, elle chante, danse, pose et raconte le Montparnasse des années folles où on pouvait croiser au Sélect, à la Coupole ou au coin de la rue Vavin Foujita, Modigliani et Soutine.

« Modèle » d’une révolution qui impose à l’art d’autres critères, Kiki de Montparnasse est le centre d’un monde en pleine mutation. Elle chante, et anime des soirées de folie au cours desquelles Man Ray remarque « son physique irréprochable de la tête aux pieds ». Il en fait son égérie, il devient son amant. En un cliché, il l’immortalise. Pour Kiki qui n’a jamais renié sa Bourgogne natale, Paris se limite à ce grand village où « le monde entier a planté sa tente ». Kiki croise des poètes, Hemingway est son ami. Loin de la célébrité qui sera la leur, plus tard, ce sont avant tout ses potes. Ceux qui font les beaux sur les planches, les musiciens, ces peintres encore inconnus, ça forme une grande famille et Kiki partage avec eux la dèche, la fête et parfois le lit. Pour un petit billet ou un coup à boire, elle accepte de poser nue. Libre et volontiers provocatrice, Kiki brûle la chandelle par les deux bouts, elle s’étourdit dans des fêtes ininterrompues et devient ainsi la reine de Montparnasse.

Lumineuse Kiki
On retrouve dans cette mise en scène de Jean-Jacques Beineix, avec l’élégance du décor et une lumière ciselée au plus près du corps, ce qui a fait la force de ses films comme « Diva » ou « La lune dans le caniveau » par exemple. À chaque peintre évoqué, à chaque tableau, s’attache une chanson qui vient comme un contrepoint poétique renforcer l’évocation des lieux et des personnages.

Chanteuse, danseuse et comédienne, Héloïse Wagner donne au personnage de Kiki une force singulière qui vient de sa façon de bouger faite de grâce et de sensualité élégante. S’attachant aux points les moins brillants de la vie du personnage, elle quitte peu à peu les paillettes et glisse vers la vieillesse et le dépouillement, introduisant une fragilité touchante pour raconter les dernières années solitaires de la vie de Kiki. Jusque dans le dénuement, le jeu subtil et généreux de l’actrice conserve au personnage vieillissant, un regard de petite fille. Alors que la fin approche, les souvenirs encore vivants d’une époque disparue ont comme tissé une sorte de couverture douce qui la protège de la rancœur et du regret.

Suivant la chronologie de la vie de Kiki, Beineix joue avec la nostalgie assumée d’un Paris qui existe encore dans la mémoire des amoureux. En jouant sa pièce au Lucernaire, situé à deux pas de la rue Vavin et de tous les lieux évoqués par Kiki, il joue aussi avec l’imaginaire du spectateur. Un spectacle à voir pour se délecter de la nostalgie d’un Paris éternel où les artistes du monde entier rêvent encore de se promener.

Kiki de Montparnasse
D’après « Souvenirs retrouvés de Kiki de Montparnasse »
Mise en scène : Jean-Jacques Beineix
Chansons : Frank Thomas
Musique : Reinhardt Wagner
Avec Héloïse Wagner accompagnée par Rémi Oswald ou Jean-Yves Dubanton et Rodrigue Fernandes
Crédit photo : Jean-Jacques Beineix
Durée : 1 h 10 environ

Jusqu’au 18 Octobre au Théâtre Lucernaire à 21 h 30 du mardi au samedi et dimanche à 19 h

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