Théâtrorama

Le didactisme qu’induit l’érudition du propos ne trouve pas un contrepoint de légèreté qu’aurait pu insuffler la mise en scène. On peut le regretter même si ce spectacle permet avant tout de mettre en lumière une personnalité peu connue du XVIIIème siècle qu’interprète avec beaucoup de dignité Edith Vernes.

Emilie du Châtelet fut une de ces femmes savantes que n’aurait toutefois vraisemblablement pas fustigée Molière. Pas vraiment habitée de la « passion choquante de se rendre savante afin d’être savante » ainsi que le martèle Clitandre un demi-siècle plus tôt, elle traduisit Virgile et Horace, parlait anglais et italien. Mais son chant du cygne demeure la traduction de l’œuvre majeure d’Isaac Newton, « Principia ».

C’est probablement parce que délaissée par Voltaire, pour lequel elle a quitté mari et enfants dix ans plus tôt pour vivre et travailler avec, qu’elle écrit son « Discours sur le bonheur ». Cette comédie philosophique qui tente de répondre à la question fondamentale « Comment être heureux sur cette terre ? » s’articule en deux parties. Alors que la première aborde les thèmes philosophiques, la seconde est consacrée à la passion amoureuse. Les thèmes sont développés avec la rigueur cartésienne de la scientifique et la passion de la femme en pleine rupture amoureuse.

Crédit photo Claire Schwartz

Des syllogismes redoutables
Le texte parvient à glisser, au milieu de syllogismes d’une implacable incontestabilité, des situations souvent très drôles, notamment sur le bonheur induit par la gourmandise, où l’auteure réussit le tour de force de dire deux choses opposées en ayant à chaque fois raison.

Ce que l’on retiendra surtout de cette adaptation théâtrale du texte d’Emilie du Châtelet sera cette rigueur scientifique. La mise en scène peine en effet à nous en éloigner, rendant l’ensemble de ce spectacle un peu trop didactique. Par ce manque de légèreté, l’humour se fraie difficilement un chemin jusqu’au spectateur qui assiste plus souvent à un cours de philo. C’est un peu dommage, car ce texte magnifique, que beaucoup découvriront et que défend avec ferveur et dignité Edith Vernes aurait mérité un contrepoint de fantaisie qui n’aurait pu que l’élever plus haut encore.

Discours sur le bonheur
D’Emilie du Châtelet
Mise en scène : Béata Nilska assistée de Judith Villain
Avec Edith Vernes et Sylvain Bergert
Collaboration artistique : Philippe Honoré et Bruno Suter
Lumière : Jean-Luc Chanonat
Costume : Aurore Popineau
Son : Yves Douek
Création musicale : Jeanne Lemaire
Du 25 mai au 2 juillet, du mardi au samedi à 18h30

Thêâtre du Lucernaire
53 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34
Site web

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