Théâtrorama

Récit d’un exil et d’une identité perdue sous le poids de l’histoire, Jacques Hadjaje ouvre le livre du passé comme un trésor de poésie et de drôlerie pour nous conter les aventures d’une famille embarquée dans la marche du temps.

Point de départ au fil de l’histoire. Le décès d’Aimée, la mère adorée d’Albert, qui se retrouve face à la tombe, au grand trou noir qui le plonge dans ses souvenirs d’enfant. Flash back, le fil de la mémoire se déroule, le passé cohabite avec le présent. La filiation s’affirme et la transmission de l’héritage parental rejaillit jusqu’à la fille d’Albert, Cécile, qu’il n’a pas vue grandir. L’histoire de la famille Chouraki commence par le miel des makrouts d’Aimée et le paradis de l’Algérie pour se noircir de la guerre et de l’exil chaotique vers une métropole peu accueillante. Les personnages surgissent du kaléidoscope du passé, perçu à travers le prisme de la mémoire du petit garçon qui a vécu dans son cocon d’amour familial. Le père, Gaston, fou de jazz, la mère Aimée, le socle de la famille, le cousin comptable, Georges, qui compte fleurette à la jolie institutrice, mademoiselle Arlette, la sœur de 11 ans, Brigitte, pas prête à accepter la rivalité d’un petit frère, Olga, sulfureuse rousse qui rêve de cinéma et n’épousera qu’un boucher, et l’amie d’enfance, la troublante Leïla, qui raconte ses légendes orientales comme des secrets d’enfants. La mémoire s’agite, le cœur se souvient, les blessures aussi reviennent à la surface et les destinées font un pied de nez à l’éden de l’enfance que le petit Albert croyait immuable.

DLV-Lemariage

Paradis perdu et enfance retrouvée
Si les premières minutes raisonnent en oraison, la douce lumière de l’Algérie ne tarde pas à envahir la scène pour réchauffer le narrateur. Albert, perché sur un caisson bancal, comme un radeau immobile sur la mer de la mémoire, parfois agité, regarde en spectateur son passé défiler. Un passé qui commence en fanfare par sa circoncision. Un joyeux brouhaha où les membres de la famille se croisent au son de Charlie Parker. La compagnie des Camerluches joue d’une seule voix. Pas de fausses notes et un accord parfait qui rejaillit sur toute la pièce. Sous la lumière, le bouillonnement de vie et le plaisir d’être ensemble. Guillaume Lebon réussit le prodige de faire disparaître l’homme de la soixantaine, écrasé par le temps, pour prendre les moues d’un petit garçon, les attitudes de l’ado et les certitudes du jeune homme. Anne Dolan qui joue à la fois une Cécile à l’accent américain, froide et sans lien avec le passé d’un père qu’elle connaît peu, devient la sœur insolente et délicieusement chipie des Chouraki. Place à la poésie orientale et aux contes d’enfants avec Leila, interprétée par la pétillante Anne Didon.

DLV-Albert+Leïla

On change d’époque comme une évidence. La lumière suffit à faire apparaître le flux du passé, flouté par des voiles accrochés à un mât qui enveloppent la scène de douceur et tirent le rideau sur les épisodes douloureux. Les mots sont gravés mais les images aussi. Albert, le dessinateur en herbe, croque sa famille et érige Spirit (joué par un Laurent Morteau désopilant de mimétisme avec la BD de Will Eisner), son héros préféré, en modèle absolu. L’enfance mélange la fiction et la réalité mais n’oublie pas le traumatisme de la guerre et le choc de l’exil. La lumière redevient blafarde, la métropole bouleverse la famille qui s’évapore avec le temps. Mais ici pas de pathos ni de caricature. La nostalgie s’accorde avec l’humour et la tendresse pour offrir au public un magnifique témoignage, hommage aux déracinés de l’exil.

Dis-leur que la vérité est belle
De Jacques HadjajeMise en scène : Jacques Hadjaje
Avec Isabelle Brochard, Sébastien Desjours, Anne Didon, Anne Dolan, Guillaume Lebon, Delphine Lequenne, Laurent Morteau
Musique et arrangements : Jean-Baptiste Sabiani
Scénographie : Patricia Lacoulonche
Costumes : Delphine Lebon
Lumières : James Angot

Du 1 avril au 30 juillet 2011
vendredi, samedi à 21h30/mardi, mercredi, jeudi à 20h30/dimanche à 15h

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
Réservation : 01 43 40 44 44
Site web

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