Théâtrorama

Un bureau où les décisions sont prises en guise de ring. Dans le coin gauche, Bobby Gould, producteur récemment promu d’un studio poids lourd. Dans le coin droit, Charlie Fox, ami de longue date et « sparing partner » d’un monde qui lui a trop souvent donné des coups. Entre chaque round Karen, jeune intérimaire, vient parader en toute innocence. Spectateur de joutes verbales intenses, on se demande qui va jeter l’éponge le premier, qui va aller au tapis avant d’avoir eu le temps de lever les bras et surtout, qui va remporter la mise. « Box-office » se mue en arbitre du combat entre l’art et l’argent…

Charlie entre dans le bureau de Bobby pour lui proposer un scénario. Ils ont alors vingt-quatre heures pour prendre une décision et présenter ce projet au studio. Porté par une histoire très virile et un acteur de renommé, ce film pourrait les rendre tous les deux riches et leur apporter une gloire qu’il convoite depuis les débuts de leur longue collaboration. Sauf que l’arrivée de la charmante Karen va faire basculer cet équilibre économique et entamer l’amitié des deux hommes. Car, entre temps, Charlie est forcé de procéder à une lecture de complaisance d’un scénario voué à l’échec mais qui a fait néanmoins tourner la tête de la jeune femme qu’elle va, par tout moyen, tenter de défendre. S’en suivent de longues joutes verbales au rythme effréné, qui n’est pas sans rappeler la « Dame du Vendredi » d’Howard Hawks.

Les studios en pièces
David Mamet, l’auteur américain de la pièce, s’intéresse à la vie des hommes d’affaire et tout particulièrement à l’industrie du cinéma. Scénariste de talent, à qui l’on doit notamment « Le Verdict » de Sidney Lumet, il connaît le monde d’Hollywood qu’il prend un malin plaisir à détruire. Ce monde d’hommes frustrés, ce monde cru et vulgaire, ce monde où le profit prend le pas sur la sensibilité artistique, ce monde des « Ensorcelés » de Vincente Minnelli est dépeint avec cruauté et franchise. C’est ainsi que ce texte puissant au cynisme ambiant à permis à la pièce « Box-Office » de recevoir une nomination aux Tony Awards en 1988.

De leur côté, les comédiens se donnent corps et âmes pour donner vie à trois personnages que l’on aime détester. Francis Lombrail, en producteur indécis à la recherche du succès, « transpire » d’énergie. Philippe Sivy en complice déçu et marqué par la chance qu’on ne lui a jamais offerte est touchant et impressionnant de volonté et de détermination. Nina Drecq, en secrétaire charmante et pure, brille par une fausse naïveté et un vrai talent. Ainsi, l’ambiance du studio est formidablement bien retranscrite, non pas par le décor mais bien par une interprétation habitée. « Box-Office » boxe d’office dans la cours des grands dans le petit théâtre noir du Lucernaire.

Box Office
De : David Mamet
Texte français : Dominique Hollier
Mise en scène : Anne Bourgeois
Avec : Nina Drecq, Francis Lombrail & Philippe Sivy

Du 10 novembre 2010 au 9 janvier 2011
Du mardi au samedi à 21h30 & les dimanches à 15h
Relâches 16,19, 25 novembre et 2, 3, 10 décembre 2010
Au Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
site web
Réservations : 01 45 44 57 34

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