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Vous avez dit Broadway ? mis en scène par Michel Kacenelenbogen

Vous avez dit Broadway ?New York… Amérique…Broadway…Ce dernier nom, nous met des images plein la tête. Des films où on valse et chante dans la bonne humeur et la légèreté des beaux sentiments. Broadway, temple de la comédie musicale, un genre considéré pendant longtemps comme mineur et qui a pourtant fait connaître des artistes aussi prestigieux que Gene Kelly, Fred Astaire et Judy Garland ou Liza Minelli.

45 comédies musicales en 1h 30, c’est le défi que relève le comédien-chanteur Guillaume Antoine en interprétant Vous avez dit Broadway ? un texte qu’il a écrit et interprète en complicité avec la talentueuse Julie Delbart au piano, dans une mise en scène de Michel Kacenelenbogen.

Le spectacle n’est pas une comédie musicale mais un voyage à travers l’univers des comédies musicales. Dévidant ses propres souvenirs, intarissable sur la question au travers de détails futiles ou historiques, tricotant le texte et les chansons les plus célèbres, Guillaume Antoine nous prend par la main et, avec humour, nous invite dans son voyage. Des étoiles plein les yeux et avec un enthousiasme qui ne se dément pas.

 » La vie réelle n’est pas assez musicale »

Le dispositif scénographique est des plus simples : une loge où s’alignent sur un portant des costumes et dans laquelle l’acteur se change à vue. Des images en fond, dans un flou entretenu, montrent des scènes de comédies musicales ou une grande salle de théâtre newyorkais où le public attend le début du spectacle – comme un miroir de la réalité du public présent dans la petite salle du Lucernaire à Paris – .

Un air au piano de la comédie musicale Cabaret, la voix de l’acteur se fait murmure pour nous raconter son tout premier souvenir au London Palladium Theatre, lieu matrice de ses éblouissements d’adolescent où il assista à sa première comédie musicale.

Vous avez dit Broadway ?

Partant de L’opéra des gueux en 1728 et point de départ historique du genre, passant par les opérettes d’Offenbach exportées vers les États Unis qui donneront naissance au burlesque dans des spectacles musicaux, l’auteur souligne le tournant que fut Un américain à Paris et la musique de Gershwin jusqu’à West Side Story et Hair.

Évitant la gesticulation, ancrant son jeu dans une mise en scène minimaliste et efficace, soutenu par la complicité d’une musicienne attentive et présente, l’acteur entrecoupe son récit des airs les plus connus. De Old man river de Show Boat à Who knows dans West Side Story ou Singin’ the rain, en un clin d’oeil, sa voix ouvre l’espace et nous transporte dans l’univers specifique de chaque spectacle. On retrouve sur ses pas les odeurs de Newyork ou de Londres ou de leurs théâtres ou ce les mondes anciens qui en rendent la vie plus grande.

Avec une grande érudition et une certaine pédagogie qui n’évite pas toujours le didactisme, Guillaume Antoine crée un lien entre la petite, la grande Histoire, et les anecdotes de sa propre vie. Il s’attache à choisir les moments les plus signifiants et à tricoter son texte de façon rigoureuse avec la musique. Il dévoile toutes les ficelles du genre et souligne aussi la persévérance et la rigueur des artistes qui ont donné à la comédie musicale ses lettres de noblesse pour en faire un art à part entière.

Le choix astucieux des chansons rend compte d’une certaine continuité et de l’impact social de la comédie musicale qui, au-delà de la légèreté de mise et du sentimental obligé, a su contourner en chansons par exemple la censure pour évoquer dès 1927 la ségégation (Show Boat), plus tard le mal-être d’une jeunesse en difficulté (West Side Story) ou la montée du nazisme (Cabaret). Érudit sans être pompeux, le spectacle se crée sous nos yeux et libère l’imaginaire dans une joie qui n’ignore pas une certaine nostalgie.

 » La vie réelle n’est pas assez musicale » scande à intervalles réguliers l’acteur. Face à ce monde sans reliefs, la vision se fait plus large et plus souriante quand des chats dans des costumes à paillettes traversent la scène et même si depuis des centaines d’années un fantôme hante l’opéra de Paris en chantant son chagrin. En conclusion, selon Guillaume Antoine, la comédie musicale est ce qui lui semble le plus près du bonheur. Un spectacle sans prétention comme antidote à la morosité du quotidien ou à la nostalgie des vacances.

Vous avez dit Broadway ?
Texte : Antoine Guillaume
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen
Avec Antoine Guillaume et Julie Delbart au piano
Assistante mise en scène et regard extérieur : Lou Kacen
Scénographie : Noémie Vanheste
Lumière : Laurent Kaye
Ingénieur du son : Jérémy Saive
Costumes : Delphine Coërs et Héloise Mathieu
Crédit photos : Gaël Maleux
Durée : 1h30

Jusqu’au 28 octobre 2018 à 21 h d u mardi au samedi – Dimanche à 18 h au Lucernaire

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