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We love arabs chorégraphie de Hillel Kogan

We love arabs – Le chorégraphe israélien Hillel Kogan s’est mis en tête de travailler sur la notion d’espace partagé dans son dernier spectacle We love arabs. Il invite le danseur Adi Boutrous à se jouer avec lui des clichés en montrant au public les coulisses d’une utopie.

Le spectacle de danse en question

C’est conscient que la danse ne changera pas le monde que Hillel Kogan entreprend d’évoquer le contexte israëlo-palestinien. Il ne s’agit pas de donner des dates ou de rappeler des faits ; l’artiste n’est pas plus un historien qu’un juge. L’engagement du chorégraphe relève plus de la prise de parole. Sans proposer un témoignage, rentrer dans le détail ni même évoquer le quotidien, le chorégraphe en tant qu’intellectuel, membre des cercles artistique s’interroge à haute voix sur les possibilités d’une cohabitation. Comment rendre compte sur un plateau d’une situation si complexe ? L’espace suscite des gestes spécifiques postule Hillel Kogan, les possibilités sont définis par un cadre qui ne dépend pas de nous. La présence d’un Autre modifie la perception de l’espace, limite les gestes d’un individu mais dédouble les possibilités. Le spectacle est ainsi mis en abyme, comme une tension entre la salle et les deux danseurs.

We love arabs

 

We love arabs – La matière des préjugés

La cohabitation commence à l’échelle de la scène. Le chorégraphe invite un danseur à partager son espace comme pour illustrer son propos, se mettre lui-même au défi. C’est avec humour qu’il s’égratigne lui-même en despote artistique et intarissable bavard. Il s’explique du moindre mouvement, pour expliciter ses intentions au danseur qu’il auditionne autant que pour se justifier auprès d’un public pour qui un geste peut-être mal interprété. La langue est ici un élément central, il est la manifestation du rapport à l’autre que ce soit dans l’insulte ou dans l’ordre. Une relation de pouvoir se développe entre le chorégraphe israélien, marqué d’une étoile de David, et le danseur arabe, chrétien hâtivement habillé d’un croissant par le chorégraphe qui voudrait un arabe musulman. Le plus fort des deux n’est pas celui qu’on croit mais la vérité est que, sur la scène nationale, il n’y a pas d’autre danseur arabe qu’Adi Boutrous, quasi réduit au silence, et que les préjugés sont tenaces.

Baptême au houmous

Un spectacle doit-il délivrer un message ? Hillel Kogan, engagé mais non militant, rêve de paix mais ne réclame rien. Il ne faut pas chercher de fin dans We love arabs, mais l’ouverture de possibles. Ce qui peut paraître dérisoire en relation à un réel conflit mais ce qui est d’autant plus précieux. Le chorégraphe parle, le danseur propose des gestes et ces discussions aboutissent à un spectacle où les rôles sont remis en question. Il faut pénétrer l’envers du décor, négocier avec la lumière, le son et l’espace pour faire société. La fantaisie apparente de la pièce est un prétexte à la réconciliation ; c’est peut-être un autre monde celui dans lequel on communie autour du pain et du houmous et dans lequel les cultures se mélangent avec bonheur mais c’est une fiction à laquelle il est bon de se rattacher comme à un espoir toujours nécessaire.

 

We love arabs
Texte et chorégraphie : Hillel Kogan
Avec : Adi Boutrous, Hillel Kogan
Lumière : Amir Castro
Musiques Kazem Alsaher, Mozart
Conseillers artistiques : Inbal Vaacobi, Rotem Tashach
Traduction : Taia de Vries
Crédit photos: Gadi Dagon

Vu au théâtre du Rond-Point

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