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Opéraporno, opéra-bouffe

Opéraporno, du libertinage vocal au Rond-PointUn petit opéra-bouffe des plus réjouissants et des plus régressifs se tient en ce moment au Théâtre du Rond-Point. Pour les amateurs de saucisses grasses dont je suis parfois, ce moment de libertinage vocal et visuel est un pur délice. N’allez pas chercher un grand spectacle, mais profitez de ce moment sans fausse honte, car c’est là ce qui vous est proposé. Rien de plus, mais rien de moins.

Les personnages – père, belle-mère, fils et grand-mère – sont portés par des corps très humains, de ceux que l’on peut voir dans les pornos amateurs, enfin, pour être plus exact, dans ceux que l’on voit dans la vie de tous les jours. Pas « canons » au sens publicitaires et d’autant plus attirants, car ré-ouvrant les mystères de l’attirance physique.

Du kitsch en barre

Le décor reproduit à la perfection le kitsch de l’opéra-bouffe et les faux-semblants Napoléon III, sommet de la culture bourgeoise et de sa féroce hypocrisie. La vie, la vraie – du moins ses sous-pensées les moins avouables – se déroule devant nous, avec ses vulgarités, ses délicieuses bassesses, ses appels du cul et ses clignements de phare. Tous les tabous « sautent » – sans mauvais jeu de mot, enfin si – les uns après les autres. Tout ce qui a forme de bite d’amarrage finit dans un trou ou dans l’autre, les désirs incestueux se manifestent librement. Il y a prise amoureuse de grand-mère dans les bois, enfilage de balai-brosse, coupage de doigt au sécateur, mise à feu de voiture bourgeoise, fuite éperdue en tondeuse…

La marge de manœuvre des interprètes est étroite, et le scénario tient sur une feuille rose de papier toilette. Mais chaque moment est parfaitement rendu dans les fossés, et tout l’édifice tient bien. Dur, et raide. Jusqu’au bout. Rien ne nous sera épargné. Toutes les positions et les combinaisons seront expérimentées.

Régulièrement, les applaudissements des spectateurs viennent récompenser les performances vocales des chanteurs-acteurs, dans la plus pure tradition de l’opéra, rendant les décalages avec la nature de ce qui est chanté d’autant plus hilarants. Il y a vraiment de la férocité dans les rires, et des débris de fausse pudeur jonchent le sol de la salle du Rond-Point. On ressort avec des crampes de rires au ventre, et le rouge de la honte réchauffant le front, ce qui est bien pratique en cet hiver finissant.

 

Opéraporno
Texte et mise en scène : Pierre Guillois
Composition musicale et piano : Nicolas Ducloux
Avec Jean-Paul Muel, Lara Neumann, Flannan Obé, François-Michel Van Der Rest
Violoncelle : Jérôme Huille
En alternance avec Grégoire Korniluk
Costumes : Axel Aust
Assisté de : Camille Pénager
Lumières : Marie-Hélène Pinon
Son et régie son : Loïc Le Cadre
Scénographie : Audrey Vuong
Crédit photos : Fabienne Rappeneau

Jusqu’au 22 avril au Théâtre du Rond-Point

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