Théâtrorama

Biopigs de Sophie Perez et Xavier Boussiron

Biopigs – Un petit salon bourgeois, un loft. Une zone de confort pour artistes qui ont été et qui jouent dans leur intimité la comédie qu’ils sont toujours. Dans ce loft, on s’assoit sur des fauteuils en cuir blanc, et on parle avec une sculpture bizarre et vivante qui ressemble beaucoup à Jabba le Hutt dans « la Guerre des Etoiles ». Il fait fonction de psy drolatique qui régurgite tout ce qu’il entend. Et c’est pas très joli.

Les acteurs se succèdent sur scène, ils jouent sans relâche des « finals » de pièce qu’on pourra reconnaître sans trop de peine, que ce soit « Dom Juan » de Molière avec Jacques Weber ou « Clôture de l’Amour » de Pascal Rambert. Peu à peu, on voit les dessous, les chiottes, les piqûres d’héro. C’est une porcherie de l’égo. C’est parfois hilarant, parfois gênant, et c’est sans doute tout le propos de la mise en scène.

Biopigs de Sophie Perez et Xavier Boussiron

Biopigs – Vulgaire volontaire

En effet, ce qui est troublant ici, c’est que le rire se trouve peu à peu mêlé à une sensation de malaise. La potacherie rejoint la porcherie, dans une vulgarité assumée. Le rire tire sur la corde, peut-être pour faire céder quelque chose en nous ? Les corps sont montrés crûment, c’est à dire que tout est fait pour qu’une nudité animale, porcine, soit toujours présente. Il y a peu de nudité effective, mais les costumes sont travaillés de façon à ce que ça baye, qu’on entrevoit les chairs dans ce qu’elles ont de moins ragoutant, plis, graisse, fonctions animales de reproduction. Le désir de reconnaissance et de célébrité est montré dans ce qu’il a de moins glamour. C’est une sorte d’anti-défilé de mode, une parade dégénérée qui va montrer les véritables dessous – sans jeu de mots – d’un certain show business, d’une course effrénée et ridicule pour attirer le regard des gens.

Biopigs de Sophie Perez et Xavier Boussiron

Mais le risque pour le spectateur est aussi de ne plus savoir vraiment à quoi s’en tenir. Biopigs tire sur la corde de la potacherie, mais cela ne semble pas vraiment aller au-delà de ce propos. Faut-il alors chercher cette beauté derrière l’excès de vulgarité ? Faut-il chercher de la beauté ou simplement se contenter d’une impression plus simple, une moquerie sans appel, un défouloir ? Faut-il voir de la part des metteurs en scène une véritable pensée, une tentative de mettre à l’épreuve les nerfs des spectateurs et de leur faire entrevoir autre chose ? La danse finale, mêlant beauté du geste et sensation d’enlisement semble aller dans ce sens. Mais rien n’est moins sûr. Le geste de la mise en scène peut aussi s’interpréter comme une facilité. Qu’est-ce que je viens de voir exactement ? Faux punk ? Vraie provocation ? Simple potacherie ? Véritable proposition esthétique ? Chacun à ce stade se fera son opinion sur Biopigs.

Biopigs
Conception et scénographie : Sophie Perez, Xavier Boussiron
Avec Sophie Lenoir, Stéphane Roger, Marlène Saldana, ErGe Yu
Texte : Sophie Perez, Xavier Boussiron, Arnaud Labelle-Rojoux
Musique : Xavier Boussiron
Costumes : Sophie Perez, Corine Petitpierre
Lumière : Fabrice Combier
Son : Félix Perdreau
Réalisation décors: Les ateliers de Nanterre-Amandiers – Centre dramatique national
Sculptures: Daniel Mestanza
Crédit photos : Ph. Lebruman

Vu au Théâtre du Rond-Point

 

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