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Bella Figura, l’ennui dans la rencontre

Bella FiguraL’histoire commence avec un homme marié et son amante sur le parking d’un restaurant. En faisant marche arrière, il bouscule une femme accompagnée de son fils et de sa belle-fille. Les cinq personnages vont se confronter, tenter de faire bella figura.

En 2015, le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier a monté cette pièce de l’auteure Yasmina Reza qui signe ici également sa mise en scène. Comme souvent chez Yasmina Reza, il n’y a pas véritablement d’histoire mais des tensions intérieures agitant les personnages qui peinent à communiquer sereinement entre eux. Emmanuelle Devos joue Andrea, l’amante de Boris Amette, chef d’entreprise au bord de la faillite incarné par Louis-Do de Lencquesaing. Ce dernier est marié à Patricia, personnage absent de la pièce qui unit les cinq personnages. A cause du fâcheux incident, Boris rencontre Françoise (Camille Japy), l’amie de sa femme. Elle est accompagnée de son mari Eric (Micha Lescot) et de sa belle-mère Yvonne (Josiane Stoléru) qui fête son anniversaire. Cette rencontre improbable est l’occasion de prendre un verre ensemble au restaurant, le simple verre se prolonge et les différents personnages ne vont cesser de se recroiser. Un mouvement contradictoire accompagne la rencontre ; les deux groupes veulent se séparer, mais leur interaction s’étire toujours dans le temps, signe de leur ennui. Les personnages s’ennuient et les spectateurs aussi.

Le craquèlement sans intérêt du paraître

Bella FiguraYasmina Reza décrit la petitesse et la superficialité des petits bourgeois repliés sur eux-mêmes. Pourtant, elle affirme dans sa note d’intention ne rien moquer, ne rien dénoncer, être de plain-pied avec les personnages. L’auteure ne voudrait-elle alors que montrer leur solitude tandis qu’ils sont enfermés dans un monde modelé par les codes sociaux ? Il n’y a donc aucun mépris de la part de l’auteure qui affirme ne pas être dans une critique sociologique d’un milieu. Je me questionne sur l’intérêt de cette pâle représentation.

L’auteure nous offre une représentation exacerbée de ce milieu incarné par des personnages traversés par des crises. Nous retrouvons cette caractéristique dans la pièce Dieu du carnage qui confronte deux couples qui n’arrivent pas à communiquer. Ici, Andréa, la maîtresse de Boris, est préparatrice dans une pharmacie, ce qui lui permet d’accéder à grand nombre de médicaments qu’elle ingurgite tout au long de la pièce. Son pendant est Yvonne, grande adepte du mélange de médicaments, qui a une mémoire vacillante. Les personnages sont interprétés avec mollesse, sans second degré. A certains moments, Micha Lescot y apporte une touche loufoque qui laisse poindre l’absurdité de l’existence. Que retient-on de cette pièce ? Pas grand-chose. La représentation de soi est ici peu salvatrice dû fait d’un texte lisse ne questionnant pas le spectateur. Il n’y a plus qu’à rire sans trop savoir pourquoi.

 

Bella Figura
Texte et Mise en scène Yasmina Reza
Avec Emmanuelle Devos, Camille Japy, Louis-Do de Lencquesaing, Micha Lescot, Josiane Stoléru
Décor : Jacques Gabel
Lumières : Roberto Venturi
Costumes : Marie La Rocca
Son : Bernard Vallery
Musique : Nathan Zanagar, Théodore Eristoff
Vidéos : Les Dronographes
Crédit photos : Pascal Victor / ArtcomPress

Jusqu’au 31 décembre à 21h au Théâtre du Rond-Point

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