Théâtrorama

Murielle Magellan au théâtre de l’Atelier

Murielle Magellan et L’Éveil du chameau L’Éveil du chameau de Murielle Magellan – Ils sont deux, chacun les yeux bien fermés sur leurs petits univers qu’ils protègent comme ils le peuvent. Ils sont deux, et toutes leurs déclinaisons, fragments de passé sombre et de présent bouleversé, qui les accompagnent. Maryse compose avec une vie très bien ordonnée, chignon haut vissé sur le crâne, tailleur et propos psychorigides qui lui collent au corps et à la langue. Mickaël décompose son intérieur, capharnaüm de livres et de revues interdites au moins de 18 ans, comme son extérieur, offre ses beaux discours aux organismes humanitaires et laissent ses actes pour des causes moins nobles. Leur rencontre sera frontale et latérale : se confrontant, ces deux caractères nourriront l’occasion d’un tête-à-tête avec eux-mêmes, transformant leur mise en relation en remise en question.

Le lien entre Maryse et Mickaël s’étoffe dans l’absence. Le fil entre eux s’étend de la fille de la première tombée enceinte du fils du second. On ne verra jamais leurs enfants, mais ils serviront à dresser en pleine présence le portrait de ces parents que tout oppose. Maryse est aussi attachée à sa fille que Mickaël est détaché de son fils ; elle est aussi lunaire qu’il est pragmatique ; elle est aussi droite qu’il claudique d’un flirt à un autre ; elle est aussi sensible qu’il paraît, au mieux, désintéressé et, au pire, désabusé. Mais ils partagent, même maladroitement, une lettre à l’initiale, « M ». Maryse et ses principes déboulent dans la vie de Mickaël non pour engager une sorte de ping-pong qui serait perdu d’avance, mais pour se jeter à corps perdu dans un principe de vases communicants. Et, trop attachée à remplir sa part, elle ne réalise pas que Mickaël la vide peu à peu, de ses certitudes, de ses préjugés.

Murielle Magellan et L’Éveil du chameau En pleine lumière, au centre d’une scène coupée en quatre axes (un bureau / un canapé, l’appartement dans lequel tout se joue / la voix de Maryse à travers laquelle tout se rejoue), le corps à corps qui débute, vif et caustique, pourrait donner raison à cette figure de mère dévouée, ultra-protectrice et inquiète, prête à tout – quitte à envahir tout l’espace – pour remettre un être insensible qui refuse d’assumer sa paternité sur le droit chemin. Mais lorsqu’elle s’exprime en aparté, devenant son propre témoin, la mère étouffante lâche soudain du lest et prend son propre reflet pour miroir inversé. Tentant de faire fondre le bloc de béton armé qui s’érige devant elle, elle se prend en réalité les plus percutants des retours de balle.

Scène de dévoilement(s)

Quelque chose s’écrit derrière le jeu des apparences. Maryse et Mickaël, bien campés dans le (faux) confort de leurs positions, ne s’éveilleront à l’autre, en « chameau » portant sa charge sur son dos, que de façon subreptice, mais décisive. Chacun mettra ainsi l’autre face à ses propres contradictions, pesant dans une balance en déséquilibre et révélant les failles et les zones de fragilité de l’autre. L’occasion, le dévoilement, ne durera donc que le temps de la représentation, comme un amour sitôt consommé sitôt oublié, ou comme une réplique qui fuse et tranche, indiquant que, désormais, tout sera différent.

https://vimeo.com/187550297

Le prisme privilégié par Murielle Magellan est celui de l’image diffractée, appuyée par la mise en scène d’Anouche Setbon, qui insiste sur les dualités. Double bosse d’un unique chameau, Barbara Schulz et Pascal Elbé livrent une lutte entre eux mais également, et surtout, avec eux-mêmes. Ils empruntent tantôt « le chemin du réel » – en évoquant leurs enfants journalistes, liés par le point noir mais lumineux d’une écographie –, tantôt un chemin plus symbolique – dans une scène de tarot où tout mystère est déjà confession, ou encore dans un échange de coups francs, qu’ils soient belliqueux ou amoureux – pour se mettre à nu.

En arbitre, un troisième personnage, Valérie Decobert, sert d’observateur et d’ultime révélateur. Elle assiste au renversement des rapports de force et à l’éclosion d’une toute dernière image : celle d’une femme qui redevient enfant, se mettant à nouveau à écouter les petits bruits de son ventre et les pulsions de son cœur, et celle d’un homme qui devient véritablement père plusieurs dizaines d’années après la naissance de son fils.

L’Éveil du chameau
De Murielle Magellan
Mise en scène : Anouche Setbon (ass. Fanette Barraya)
Avec Barbara Schulz, Pascal Elbé, Valérie Decobert
Décor et costumes : Oria Puppo
Lumières : Patrick Clitus
Musique : Michel Winogradoff
Crédit Photo : Chantal Depagne Palazon

Au théâtre de l’Atelier à partir du 4 octobre 2016, du mardi au samedi à 19h, le samedi à 16h30

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