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Vivipares posthume de Céline Champinot

Vivipares posthume de Céline ChampinotVivipares posthume – Surtout, ne pas s’attendre à trouver grand-chose côté embryon. Les énergumènes aux tenues inqualifiables qui déboulent sur scène n’ont déjà plus rien d’innocents bourgeons. Ces cinq jeunes femmes, toutes « vivipares » puissent-elles se croire, vont plutôt déblatérer autour de ce qui se passe après la naissance, après une éclosion, après leur explosion, en somme. Et leur « brève histoire de l’humanité », multi-référentielle, archi délurée, prend ses bases sur un terrain miné. Un terrain qui vise le conditionnel théâtral pour tirer sur le réel, qui fait converger le quotidien et le temps de la représentation, et diverger ce qui tient du spectacle et ce qui fomente une certaine forme de débâcle.

Vivipares posthume – Avertissement

Vivipares posthume de Céline ChampinotCeci est un « tissu de références hétérogènes inséparablement associées », prévient Céline Champinot, créatrice et destructrice tout à la fois de Vivipares posthumes, joyeux et impertinent bordel au cours duquel on prend furieusement le temps de survivre et d’expectorer entre deux morts expéditives et deux mots vifs. Immédiatement, le discours hoquète entre le flou du « comme si » artistique et tout un lot d’évidences concrètes, bâties sur des îlots de sens et de références qui sonnent et résonnent comme autant de clichés – d’enfance, de rêve, de recréation. Ceci est parfaitement non identifiable, mais s’appuie pourtant sur tout ce qu’il y a de plus réel. Et sans provoquer le moindre malaise : le fou-rire est ici le fils de l’invraisemblable.

Vivipares posthume de Céline ChampinotCinq personnages sans genre tout à fait arrêté transforment le « comme si » initial en « pourquoi pas » jouissif et détonnant. Aussi David pourrait-il être Bowie et un monarque deuxième du nom à la fois, et Bukowski pourrait-il s’appeler Hank plutôt que Charles, plus ou moins aimer David et lui faire un enfant plus ou moins raté. Aussi toute femme toute court-vêtue pourrait-elle être la plus insolite des hommes à moustache et souffrir d’être tenue à son rôle anti-poétique de « chatte de la soirée » (sic), et le plus faible d’entre tous les hommes pourrait-il finalement être promis à une carrière de canidé – mais tout sauf métaphorique – ou de paraplégique – mais tout sauf pathétique.

Aussi la tension dramatique pourrait-elle entièrement tenir sur ce jeu de construction – de décor comme de texte et de rôle – : être une mosaïque bâtie depuis des ascendances et descendances maudites, donc créatrices, donc géniales. Et l’on pourrait tout autant ne rien comprendre de ce qui est en train de se dérouler que chaque pièce de ce puzzle effronté et débridé semblerait, prise une à une, se révéler une petite pépite parfaitement indéfinissable car en constante métamorphose.

Vivipares posthume – Exploration du domaine des possibles

Vivipares posthume de Céline ChampinotPortée par le dynamisme torrentueux de ses cinq animales en pleine gestation, Vivipares posthume évolue selon un courant alternatif qui longe l’Europe en train (en transe) et en arche (sans Noé). Chaque escale, Kiev, Lausanne, la Suède, la Méditerranée, le lieu, le non-lieu, est un prétexte pour (se) nourrir de nouveaux illogismes. Et tout avance, et tout s’observe du plus grand au plus petit des orifices, tout se répète sans répit et sans amollir cette matière multiple qu’elles pétrissent avec une verve évidente. L’itératif collé aux commissures, ces femmes-Bowie, femmes-Judy, femmes-enfant ou encore femmes-chien empruntent à foison dans tout un folklore qu’elles s’approprient, mêlant Lagarce à la téléréalité, la religion à la superstition, Disney au disco.

Leur carte sans frontière est un cimetière où les tombeaux sont faits de plastique recyclé. Elles le crient : il n’y a « aucun avenir là où elles sont », donc autant envoyer valdinguer les monstres sacrés du passé et les stéréotypes tenaces de maintenant. Autant abattre le sens pour que revive le non-sens ; autant mourir ici pour renaître là-bas, pas moins différent, pas moins assagi, mais changeant simplement de costume et de répertoire pour voguer au-dessus de « toutes les merdes flottantes de la société ».

Vivipares posthume de Céline ChampinotCar sous ses apparences foutraques, le tableau dessiné s’avère cruel, pour l’unique raison qu’il puise en ses propres profondeurs, pas toujours bien ordonné, surtout pas très présentable. S’appuyant sur le tempérament de feu de ses cinq comédiennes, Céline Champinot fluctue entre célébrations et dénonciations, amplifiées par l’ajout de deux actes à la version initiale de la pièce. Son « à suivre » comprend sa part de drame et de requiem, de politique et d’écologie, et alors que l’on penserait inhumer un chien, l’oraison va bien au delà. Le monde en présence, le nôtre, est déjà post-apocalyptique, a déjà noyé et éventré toutes les espèces. Mais ces filles-là ont tout le talent et l’art d’en inventer d’autres, avant un nouveau silence.

Vivipares (posthume). Brève histoire de l’humanité
Texte et mise en scène : Céline Champinot
Avec Adrienne Winling, Sabine Moindrot, Elise Marie, Maëva Husband, Louis Belmas
Lumière : Claire Gondrexon
Scénographie : Emilie Roy
Collaboration artistique : Nicolas Lebecque
Chorégraphie : Céline Cartillier
Production : groupe LA gALERIE
Crédit Photo : Vincent Arbelet
Durée : 1h45

Jusqu’au 19 octobre au théâtre de la Bastille à 19h

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