Théâtrorama

C’est un de ces spectacles dont on aime à répéter, des années après l’avoir vu, « Ah oui, L’Oral et Hardi, j’y étais ! ». La prestation de Jacques Bonnaffé à la gloire du « langage inexpliqué, chaviré en charabia » tient du morceau de bravoure.

D’origine belge, Jean-Paul Verheggen est un poète phénomène, un poète énergumène, dit-on. Il chahute la langue, la déstructure, la perfore, la secoue dans tous les sens… Pour bousculer l’ordre des choses, l’auteur retourne l’ordre des mots. De cette « allocution poétique » éclatée, jaillit une parole vivace et étincelante, qui résonne avec fulgurance. A ceux qui rechignent à prendre la parole de crainte de l’égratigner et de la desservir, la poésie de Verheggen proclame de s’ « engager dans le langagement ». Elle fustige le parler bien-pensant, épinglant au passage les top managers, hâbleurs, directrice de communication et autres orateurs de meeting dont les discours convenus tournent à vide.

Crédit photo Xavier Lambours
Crédit photo Xavier Lambours

C’est à partir des textes de Verheggen que Jacques Bonnaffé a construit son spectacle. Désopilant. Tout démarre sur fond d’Arlésienne. Un homme fait patienter le public, avant l’arrivée de l’artiste : « Avant que le spectacle commence, laissez-moi encore dire ces quelques mots ». Finalement, le spectacle n’aura pas lieu. Le comédien audacieux se met alors à boire les mots comme le public boit ses paroles. Il les mastique et en saisit toute la matière avec un plaisir gourmand. Reconnaissons-le : le public a de quoi en perdre son latin (pour ne pas dire son langage), emporté par un torrent de rimes, d’alexandrins et de jeux de mots renversés. Qu’importe. Il savoure et rit. Beaucoup.

Une course verbale haletante

Crédit photo Xavier Lambours
Crédit photo Xavier Lambours
La performance de Bonnaffé est saisissante. Autant dire que cet amoureux des mots n’a pas peur de mouiller sa chemise : il transpire (au sens littéral) de générosité et de sincérité. Comme toujours. L’artiste honore un théâtre organique, dans lequel le corps parle autant que les mots. Il se livre pleinement, à en perdre haleine, au rythme d’une langue bouleversée. Le voilà hâbleur, ch’ti, orateur, commentateur sportif, même rappeur et slameur… Il puise dans toutes les formes d’interprétation (burlesque, clown …) et se joue des ruptures pour soutenir des textes iconoclastes dont beaucoup de comédiens sortiraient KO. Mais, face au chaos des mots, lui, garde le cap. Il s’arrête, enlève sa veste, reprend son souffle, avant de poursuivre sa course verbale. Tel un marathonien des mots, l’artiste tient la cadence, avec une endurance herculéenne, toujours constante. Et en digne sprinter, il porte le verbe haut, avec un débit qui relève de l’exploit.

Au final, de cette logorrhée trépidante, on ressort revigoré. On a découvert une poésie étonnante élevée par un comédien remarquable, une poésie libre qui ose tout dire, tout parler, tout échouer, tout désarticuler. Une belle leçon de langage et de théâtre.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] L’Oral et Hardi (site web)
Allocution poétique
Textes de Jean-Pierre Verheggen
Mise en scène et jeu Jacques Bonnaffé
Jusqu’au 09 octobre
Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 17h

Théâtre de la Bastille
76, rue de la Roquette, 75001 Paris
Réservations: 01 43 57 42 14
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